Gautier de Coincy – 1177

  

Communication faite par M. Alain Froidefond le 1/04/80 à la Société Historique de Château-Thierry, et résumée dans le journal L'Union de l'époque. 

"Gautier est né en 1177 à Coincy. Moine de St-Médard à Soissons, il fut prieur de Vic-sur-Aisne et enfin Grand Prieur de Saint-Médard. Sa vie serait sans histoire s'il n'avait composé avec passion durant les 59 ans de son existence les 30 000 vers des "Miracles de Notre-Dame". Apprécié de l'Europe entière, considéré pendant 300 ans comme l'un des tout premiers et des plus grand poètes de la langue française, Gautier a laissé une oeuvre éditée dans toutes les langues... sauf en Français.

Oublié de nos jours, il n'en a pas moins influencé notre culture. Issu d'une province qui était le centre culturel et économique de l'Europe, témoin d'une époque où la civilisation occidentale s'est définitivement formée, Gautier de Coincy a été l'artisan d'un renouveau de la foi religieuse en introduisant la langue française dans le cadre sacré de l'église, en diffusant auprès du peuple une image nouvelle de la Vierge, réplique de la Dame courtoise et en osant proposer une église plus charitable et plus humaine. Par ailleurs, il a donné à la poésie de trouvères un caractère à la fois plus sérieux et plus populaire et s'est attaché à la défense et à la "promotion" des pauvres gens. Mais ce n'est pas tout, Gautier de Coincy est aussi un audacieux novateur : on peut le considérer en poésie comme l'inventeur de l'octosyllabe et un précurseur de la Pléiade. Il a permis l'expansion de la polyphonie et a donné ses lettres de noblesse à la musique profane qui renouvellera bientôt le chant grégorien, donnant naissance à l'école de Machaut et à la musique moderne. Il est, enfin, du fait de l'adaptation scénique de ses "Miracles" l'un des inventeurs du théâtre occidental. Pourtant son initiative la plus hardie est sûrement d'avoir associé la bourgeoisie et le peuple à une culture jusque là réservée aux clercs, donnant ainsi un essor nouveau et une véritable originalité à la culture française qui deviendra prépondérante en Occident.

Homme modeste de son vivant, Gautier est oublié depuis quatre siècles : dans sa propre région, il demeure inconnu, pas une rue ne porte son nom, pas une plaque ne rappelle son existence, vérifiant ainsi que nul n'est prophète en son pays...

Si l'un des deux manuscrits de ses oeuvres est précieusement conservé à la bibliothèque de Leningrad, ayant permis de nombreuses éditions étrangères, le dépôt de l'autre il y a moins de quinze ans à la Bibliothèque Nationale, venant de l'évêché de Soissons où il avait dormi pendant 700 ans, va-t-il permettre de lui rendre enfin justice?"   

Oeuvres sur Gautier de Coincy: 

- « Types de quelques chansons de Gautier de Coinci », Paul Meyer, Romania, 17, 1888. 

- « Les Chansons à la Vierge », Édition critique par Jacques Chailley, Heugel, Paris, 1959.

- « Les miracles de Nostre Dame", Droz, Genève, 1966

- « l'Art littérature dans les miracles de Nostre Dame de Gautier de Coinci », Presses Universitaires du Septentrion, Lille, 1998.

- « l'Amplification narrative dans les miracles de Nostre Dame de Gautier de Coinci », Prisma, 1997.

- « Étude sur les Miracles de Notre-Dame de Gautier de Coincy », A. Ducrot-Granderye, Helsinki, 1932.

- « La Vie de sainte Cristine », Édition critique par Olivier Collet, Droz, 1999.

- « Le Miracle de Théophile ou comment Théophile vint à la pénitence », texte, traduction et notes par Annette Garnier. Édition bilingue, Honoré Champion, 1998.

 

Example d'une partie d'un texte de Gautier de Coincy :

 "Ja pour yver, pour noif ne pour gelee
N'iere esbaubis, pereceus, mus ne mas
Que je ne chant de la dame honouree
Qui Jhesu Crist porta entre ses bras.
Chascun an fas de la virge sacree
Un son nouvel, dont tout l'an me solas.
Dire puet bien qui a s'amor bien bee:
Vous ne sentez mie
Les dous maus d'amer
Aussi com je fas."

Le même texte en français moderne:

"Peu m'importe l'hiver, la neige et la gelée:
jamais je ne serai assez désemparé, paresseux, muet ou abattu,
pour ne pouvoir célébrer par mon chant la dame vénérée,
celle qui porta Jésus-Christ dans ses bras.
Chaque année je compose, pour la Vierge bénie,
un chant nouveau qui douze mois durant m'inonde de joie.
Il peut bien dire, celui qui désire son amour:
Vous ne sentez pas,
comme moi,
le doux mal d'amour."

Texte extrait du site www.medievalenfrance.com.


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