Gautier-sans-Avoir - 1095 A.D.

 

La première croisade (1095-1099) fut prêchée par le pape Urbain II le 20 novembre 1095 à Clermont, et par d'autres prédicateurs, en particulier Adémar de Montheil et Pierre l'Ermite. 

Mars 1095 : concile de Plaisance; des ambassadeurs byzantins viennent y parler de la situation de l'Islam. 

20 novembre 1095 : appel de Clermont. 

Avril 1096 : départ du premier groupe, conduit par Pierre l'Ermite et Gautier-sans-Avoir. 

Gautier-sans-Avoir, seigneur de Poissy : Chevalier français, mort en 1096. Il conduisit une partie de la croisade populaire qui fut massacrée avant d'atteindre Constantinople. La plupart de ses compagnons se firent tuer avant d'arriver à Byzance et lui-même périt dans une embuscade tendue par les Turcs près de Nicée. 

Pierre l'Ermite (1050?-1115) : Religieux français, il prêcha la première croisade et fut l'un des chefs de la croisade populaire qui fut arrêtée par les Turcs en Asie Mineure. Après avoir assisté à la prise de Jérusalem, il fonda le monastère belge de Neufmoustier. 

Août 1096 : la croisade populaire arrive à Constantinople. Au même moment, la croisade des chevaliers se met en route, commandée par Godefroi de Bouillon, Raymond IV de Saint-Gilles, comte de Toulouse, Hugues de Vermandois, Bohémond de Tarente et son neveu Tancrède, Étienne de Blois et Robert de Normandie. 

Octobre 1096 : arrivée en Asie mineure de la croisade populaire; elle est en grande partie massacrée, et les Byzantins ramènent les survivants à Constantinople. 

Mai 1097 : arrivée à Constantinople des derniers contingents de la croisade des barons (entre 50 000 et 100 000 hommes). 

Une croix sur l'épaule gauche n'était pas un insigne nouveau pour des pèlerins; ceux qui partent pour la Terre Sainte l'adoptent comme signe universel de reconnaissance, d'où ils tirent leur nom. Cependant le mot n'apparaît qu'après 1250 pour désigner l'expédition vers Jérusalem des soldats du Christ. Aux XI et XII siècles, on parle plutôt de «voyage de Jérusalem», de pèlerinage ou d'expédition, sans autre précision. 

Le premier groupe est une «horde»  : c'est le groupe le plus nombreux, sans armes et sans vivres, indiscipliné. Il est impossible de dire leur nombre; ils sont sans doute plus de 100 000, peut-être plus de 300 000. C'est énorme pour le Moyen-Âge, dont les armées ne comptent pas plus de 2 000 ou 3 000 hommes. Cette énorme foule se joint aux combattants, conduite par des chefs locaux ou des prédicateurs apparus avant la Croisade. Ces prédicateurs sont des «fous de Dieu» que l'on signale partout, peut-être davantage dans l'Ouest de la France (Robert d'Arbrissel dans la vallée de la Loire). Parmi eux il y a Gautier-sans-Avoir et Pierre l'Ermite, qui est déjà allé à Jérusalem lorsqu'il prêche la Première Croisade. Ce personnage est entouré d'une vénération charismatique. 

Cette troupe est très marquée par l'idée que la fin du monde est imminente : ils n'ont donc pas d'esprit de retour. Les temps sont propices à cet exode, car depuis une dizaine d'années une série de calamités naturelles, de famines et d'épidémies, ont frappé les régions rhénanes et le Nord de la France. L'effervescence populaire, l'enthousiasme contagieux des laïcs qui s'exhortent les uns les autres à partir s'accompagnent de signes (comètes, etc.) qui frappent les imaginations. 

Ce premier groupe se met en route dès la fin de l'hiver, en avril 1096, au moment de la soudure entre les récoltes : les céréales risquent de manquer. Les pèlerins partent avec femmes et enfants, un peu au hasard (ils n'ont pas de cartes) en descendant la vallée du Danube (une grande partie de la troupe est issue de la Rhénanie).

C'est alors qu'ont lieu les premiers grands pogroms : Worms, Mayence, Cologne, Trêves, Metz, Ratisbonne, Prague, etc., dans des villes où les juiveries étaient anciennes, prospères, installées par les princes. Ces pogroms sont déclenchés par des chevaliers fanatiques, parfois animés par une vision apocalyptique du monde : l'idée existe d'un «empereur des derniers jours» qui ira à Jérusalem déposer sa couronne sur le Golgotha; ce sera alors la parousie. Emich de Leimlingen prétend être le futur roi. Ces pogroms massifs inaugurent le phénomène; ils n'avaient alors eu que des précédents de faible intensité, sur le chemin des Chevaliers de France vers l'Espagne (Reconquista). L'idée d'aller à Jérusalem déclenche l'interrogation majeure du christocentrisme : qui est responsable de la mort du Christ. Ce sont les Juifs qui sont désignés.


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