Les Gauthier dit Barrand
(région de Flangebouche)
Après les longues et meurtrières guerres de conquête française, la Franche-Comté est presque déserte. Le Roi de France, Louis XIV, offre à des familles des pays avoisinants, les terres comtoises laissées en friches afin de repeupler la région. Deux frères, Jean et Gaspard Gauthier, décident de profiter de cette offre et quittent vers 1670 leur Jura suisse natal. L'histoire familliale évoque tout autant la perspectives de terres faciles mais également la volonté de quitter une Suisse protestante alors que nos deux ancêtres étaient catholiques.
Jean Gauthier
Jean Gauthier est un ancêtre direct des Gauthier de Flangebouche. Il s'installe à Avoudrey, puis épouse Jeanne Pauthier de Flangebouche dont il a deux fils, Pierre et Guillaume. Il habitait plus préciséments à la ferme du Petit Vernois, qui n`est petite que de nom, et qui appartient toujour, en l`an 2000, aux descendants.
Le 29 septembre 1709, une "Déclaration des particuliers habitants d'Avoudrey des blez qu'ils ont moissonnez en la présente année 1709" permet d'avoir une idée des biens qu'il possédait :
"Jean Gauthier dudit lieu déclare qu'il a deux cent gerbes de froment, et doit semer encore trois journaux, de froment, et qu'il a perçu neuf chariots d'orges, un chariot d'orge et quattre chariot d'avoine le chariot peut rendre huit esmines. Et sont douze de famille et a déclarez ettre illitteré de ce enquis".
Guillaume Gauthier
Guillaume Gauthier dit " Barrand " (ou, parfois, " Barrand-Gauthier "), fils de Jean, épouse Jeanne Simone Sanseigne, et laisse à sa mort en 1753 un testament qui montre la rapide ascension de cette famille dans la communauté rurale.
Ce testament nous apprend que Guillaume est artisan et qu'il vit à Flangebouche en " communion " (c'est-à-dire en communauté) avec quatre de ses six fils : Jean Xavier, Claude Ambroise, Jean Joseph et Pierre Florentin, ainsi qu'une de ses trois filles, Léocade, encore célibataire.
Chaque fille reçoit en dot la somme de deux cent livres (en monnaie du royaume), un trousseau de linge complet, un lit, un buffet, un coffre, une vache, deux mères brebis, un habit de noce. Ce sont de grosses dots pour l'époque... Les fils, quant à eux, se partagent tous les biens meubles et immeubles, dont plusieurs baux à ferme situés à Chevigney.
Parmi ses fils, Jean Xavier Gauthier, est à l'origine de la famille Gauthier d'Orchamps-Vennes (les fils de Jean Xavier s'installent aux Ravières, et l'un d'entre eux est instituteur à Orchamps).
Pierre Florentin Gauthier
Un autre fils de Guillaume, Pierre Florentin, est cultivateur à Flangebouche. Il épouse en 1772 Marie Agnès Barçon d'Avoudrey dont il a dix enfants : trois filles et sept fils dont deux jumeaux (cinq fils meurent en bas-âge). Pierre Florentin décéda en 1791. Il ne verra donc pas ses fils, neveux et cousins, pris dans la tourmente révolutionnaire.
Les Gauthier pendant la Révolution
Le nombre des membres de la famille ayant participé à la contre-révolution ou " Petite Vendée " est tel qu'il ne fait aucun doute qu'à l'époque, ils étaient tous d'ardents royalistes. Sachant qu'ils doivent leurs terres, et donc leur fortune, au Roi de France, ceci n'est pas surprenant. De nombreux documents font état de leur héroisme :
Le 18 septembre 1793, François Joseph Gauthier, convaincu d'avoir participé à l'émeute contre-révolutionnaire de Flangebouche, est emprisonné à la maison d'arrêt d'Ornans et ses biens sont confisqués.
Le même jour, Guillaume Joseph Gauthier, cultivateur demeurant aux Censes de Flangebouche, âgé de vingt sept ans, est convaincu "d'avoir été l'un des principaux moteurs et l'instigateur de l'insurrection contre-révolutionnaire qui a eu lieu (à Flangebouche), qu'il l'est également d'avoir violé l'azile de plusieurs citoyens pour leur enlever leurs armes avec menaces, d'en avoir contraint d'autres à le suivre et l'accompagner dans l'attroupement, d'avoir fourni à la troupe des séditieux des armes, de la poudre et du plomb, d'avoir été arrêté les armes à la main et pourvu lui-même de munitions de guerre". En conséquence, ses biens sont confisqués et "le tribunal le condamne à la peine de mort". Le jugement est mis à exécution le 18 septembre 1893 sur la place d'Armes d'Ornans. Le domestique de Guillaume Joseph, Pierre François Eloy Devillers, convaincu d'avoir activement participé à l'émeute de Flangebouche aux côtés de son patron, est condamné à "la peine de déportation à perpétuité à la Guyanne Française".
L`histoire populaire dit que Guillaume Joseph, voyant un garde qui venait perquisitionner dans les maisons, dit en patois : « T'y repasseré devant chi no, bougre de véye, gargaisse de pé ! » (Il peut toujours repasser devant chez nous, ce bougre de vieux, cette carcasse de porc !) , paroles certes pas très aimables, mais menace peu dangereuse ! Son jeune domestique les répéta sans malice, mais elles arrivèrent aux oreilles de l'accusateur public. Avec d'autres chrétiens de la région, suspectés d'avoir participé au soulèvement éphémère de la « Petite Vendée », Guillaume-Joseph fut arrêté le 8 septembre 1793 et conduit à Ornans. Condamné à mort le 18 du même mois, il fut exécuté le jour même. Il avait pardonné à ses bourreaux, fait dire à son épouse de pardonner elle-même et de veiller avec soin sur le bébé dont il ignorait la naissance, survenue le lendemain de son arrestation.
Comme par hasard, cet enfant prénommé Ferréol-Ferjeux, nom des premiers apôtres de la Franche-Comté, deviendra prêtre. Il sera ordonné en même temps qu'un des deux fils prêtres de Nicolas BUSSON, instituteur compétent et chrétien exemplaire, guillotiné en raison de son influence sur la population. Mais ce qui est encore plus curieux, c'est que le jeune domestique précéda Ferréol-Ferjeux au séminaire. Il attendra d'être un vieux curé vénérable pour venir, tout en larmes, demander pardon à la famille de son ancien employeur.
Le 21 septembre 1793, Jean Baptiste Gauthier, cultivateur à Avoudrey, âgé de quarante cinq ans, est convaincu "d'être un des principaux moteurs et instigateurs de la révolte, que les rebelles se sont réunis en son domicile, avant que de désarmer les citoyens, qu'on y a entendu les cris de " Vive le roi, vive la Vendée ", que lui-même étant à la tête des révoltés, a concourru au désarmement avec menaces de violences et qu'il a forcé plusieurs particuliers à se réunir à l'attroupement ". En conséquence, ses biens sont confisqués et il est condamné à la peine de mort. Le jugement est exécuté le 21 septembre 1793 à quatre heures du soir sur la place d'Armes d'Ornans.
Le grand crime de Jean-Baptiste Gauthier, 45 ans, père de six enfants, était de cacher et de nourrir des prêtres réfractaires. Le domestique de Jean-Baptiste fut condamné le même jour à la déportation perpétuelle en Guyane. Le jour même de son exécution, Jean-Baptiste Gauthier écrivit à son épouse une lettre où il affirme « Je suis content de mourir pour l'amour de Dieu ».
Le même jour, Férréol Gauthier d'Avoudrey, contre lequel "il ne s'est élevé aucune preuve, est renvoyé à sa municipalité avec ordre de se représenter lorsqu'il en sera requis". Plus tard, on retrouve Férréol prêtre à Orchamps-Vennes.
Le même jour, Pierre Antoine Gauthier, meunier aux Censes de Flangebouche, est désigné pendant le cours de l'instruction comme "étant un des principaux chefs, moteurs et instigateurs de l'émeute contre-révolutionnaire qui a eu lieu à Flangebouche". En conséquence, "le Tribunal décerne mandat d'arrêt et ordonne aux officiers de la force publique de faire la perquisition la plus exacte dudit prévenu, de s'en saisir, de le traduire de suite dans la maison d'arrêt de son arrondissement et d'en informer aussitôt le tribunal". L'histoire ne dit pas si les officiers de la force publique ont réussi à l'arrêter...
Quant à Jean-François GAUTHIER, 50 ans, simple journalier, il fut pris alors qu'il s'enfuyait, avec une arme il est vrai, dans la forêt. Après avoir été incarcéré au fort de Joux, il fut guillotiné à Maîche le 14 octobre. De la même famille Gauthier, deux prêtres, vicaires à Montbenoît, furent condamnés à la déportation, trois hommes furent obligés d'émigrer et plusieurs autres assignés à résidence.
Si l'on veut juger l'arbre à ses fruits, on notera que la famille Gauthier a donné depuis la Révolution une quinzaine de prêtres, sans parler de nombreuses religieuses. Signalons aussi que le petit séminaire de Consolation, situé dans une région où beaucoup de chrétiens ont eu la tête tranchée, est certainement le petit séminaire de France qui a fourni le plus grand nombre de missionnaires.
Jean Théophile Gauthier, Maire de Longemaison
Le dernier fils de Pierre Florentin, Jean Théophile, épouse en 1820 Marie Josephe Jobard d'Orchamps-Vennes. Il abandonne le surnom de " Barrand " porté par son père et son grand-père. C'est le premier membre de la famille à remplir une fonction officielle. En effet, en 1823, il est élu Maire de Longemaison.
Son premier acte en tant que Maire, est d'établir le premier cadastre de la commune. Citons encore :
- développement de la mine de lignite au lieu-dit Le Grand-Denis,
- adoption d'un projet de gare, à un kilomètre de la mine ; une desserte ferroviaire de la mine n'ayant pu être obtenue, les wagonnets amèneront le lignite jusqu'à 500 mètres de la gare par un " chemin de fer aérien ".
- projet de construction d'une église sur la place de la chapelle.
A la fin de son mandat, il part à Fuans où il devient propriétaire d'une auberge.
Constant Férréol Gauthier
Parmi les quatre fils de Jean Théophile, deux sont cultivateurs (à Grandfontaine et à Fuans) et le troisième reprend l'auberge de Fuans. Le dernier, Constant Férréol, épouse en 1869 Marie Antonine Girardin, originaire de Suisse. Celle-ci décède pendant ses premières couches. Guillaume se remarie en 1870 avec Delphine Caillier de Loray et revient vivre à Flangebouche où il s'installe comme aubergiste et négociant en vins.
Paul Auguste Gauthier, Maire de Flangebouche et Conseiller Général
Fils unique de Constant-Férréol, Paul Auguste marque profondément la vie de son village. Négociant en vins et Maire de Flangebouche pendant de nombreuses années, la place principale du village porte encore son nom. En 1902, il épouse à Etalans Eugénie Jeanneret, d'une famille de riches cultivateurs originaires de Verrières du Grosbois. Parmi ses réalisations en tant que Maire, nous pouvons citer :
- électrification ;
- aide à la création d'une industrie (location d'un terrain communal aux frères Viennet au lieu-dit " Vorpa et Pommier Rondot, Les Argilles " afin que ceux-ci construisent et exploitent une scierie) ;
- construction du monument aux morts ;
- adduction d'eau ;
- installation d'un service d'hydrothérapie à l'hôpital Saint-Joseph.
Jules Gauthier
Jules, fils de Paul Gauthier et négociant en vins, épouse en 1937 Martine Vaufrey de Flangebouche, dont la mère, veuve, exploitait la scierie évoquée ci-dessus et que son mari avait acheté aux frères Viennet.
Jules meurt en 1940 et son père confie alors le commerce de vins à son beau-fils, Etienne Gaiffe, Maire de Flangebouche. Martine Gauthier réintègre, avec son fils Paul âgé d'un an, le foyer maternel. Pendant la guerre de 39-45, la scierie est réquisitionnée par les Allemands. Martine se remarie en 1945 avec Robert Verdenne dont elle a une fille (Françoise, née le 5 août 1946). Martine et Robert Verdenne divorcent en 1950 et elle réintègre à nouveau le foyer maternel. Cinq ans plus tard, seule fille survivante, elle hérite de la scierie qu'elle exploitera pendant toute la minorité de son fils Paul et jusqu'à son retour d'Algérie.
Paul Gauthier adjoint au Maire de Flangebouche
Après avoir passé deux ans en Algérie où, à la fin de la guerre, il répond à l'appel du Général de Gaulle contre le Putsch des Généraux, Paul, fils unique de Jules Gauthier, reprend et développe l'entreprise maternelle qui devient la Scierie Gauthier.
En 1963 il épouse Huguette Myotte d'Orchamps-Vennes qui lui donne quatre enfants. Il est élu quatre fois de suite au Conseil Municipal, au sein duquel il remplit, durant trois mandats, la fonction d'adjoint au Maire.
En 1984, un incendie détruit entièrement l'usine. Plutôt que de la reconstruire, il saisit au vol une occasion et en rachète une autre située à Mandeure. Plus petite, elle est dotée d'outils modernes et performants. En 1989, saisissant à nouveau l'occasion qui s'offre à lui, il revend son usine alors qu'elle est en pleine croissance, évitant ainsi la crise économique qui s'abat un an plus tard sur le pays.
Atteint d'un cancer quelques années plus tard, il décède à Besançon le 27 janvier 1996.
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