L'Isle-aux-Coudres
(1535-2005) 

Histoire, beautés et misères des anciens

 

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Photographie : Vue de l’Île-aux-Coudres du plateau supérieur des Éboulements.
Enviro Foto-Collection , J-F. Bergereron.
Johanne de : Tourisme Isle-aux-Coudres.
 




Il est quelque part une grève
Au beau milieu du Saint-Laurent
Où la vie, l'amour et le rève
Ont rendez-vous avec le vent




            C’est avec ces premières paroles d’une chanson et sur un rythme de valse que  ces mots prometteurs vous accueillent à l’Isle-aux-Coudres. À la sortie du traversier sur le quai d’arrivée, dans les bureaux d’accueil touristique, dans les nombreux havres de restauration, les hôtels, hôtelleries, gîtes pour touristes et même dans les maisons toutes fleuries qui bordent le chemin principal qui fait le tour de l’île, le Chemin des Coudriers ou le Chemin Principal.

            C’est la Provence sans son accent et sans champs de lavande, avec sa luminosité inoubliable et captivante, ses parfums envoûtants de l’odeur iodée de la mer, mais où la saveur des gens et des mots vaut bien celle du bagou gesticulant du plus Marseillais des Marseillais.

            Dans ma lignée directe des Gontier-Gonthier-Gauthier, j’y ai retrouvé trois générations et demi qui y sont nées, qui y ont aimé et qui y sont décédées. De 1741 à 1820, j’y ai dénombré 21 baptêmes. De 1773 à 1819, 7 mariages et de 1749 à 1811, 7 sépultures. Il est donc normal de conserver des liens d’amitié profonde avec ces chaleureux cousins insulaires de parenté lointaine et par conséquent d’y faire quelques séjours occasionnels. Et aussi de s’intéresser à son histoire, ses traditions séculaires, ses modes de vie et aussi à ces périodes difficiles vécues à une certaine époque, comme nous le verrons.

            Et son histoire n’est pas banale non plus. À son premier voyage de 1534, Jacques Cartier ne pénétra pas dans le grand fleuve. Ce n’est qu’à son second voyage qu’il osa y pénétrer et qu’il nomma Saint-Laurent cette voie maritime qui, croyait-il, devait lui apporter richesse, gloire et une ouverture vers le Cathay, la Chine d’aujourd’hui,  pays des épices rares et des fines soieries.

            Il aborde l’île le 6 septembre 1535 avec ses trois navires, (Grande-Hermine, Petite-Hermine, Émérillon) et constate qu’il y poussait en abondance des coudriers ou noisetiers, appelés couldres en France (
Corylus
cornuta ). Il la baptise donc « ISLE-AUX-COULDRES », en raison de l’abondance des noisettes, fruits du noisetier. Dans le rôle de l’équipage qui accompagne et seconde l’explorateur, on remarque la présence de deux aumôniers, Dom Antoine et Dom Guillaume Le Breton. Le lendemain, 7 septembre 1535, on célèbre la première messe sur le nouveau continent avant de reprendre la route qui les mènera jusqu’à Hochelaga.

            « Le sixième jour du dit mois, vinsmes poser à une isle qui faict une petite baie et couche terre. Icelle isle contient environ trois lieues de long et deux de large : et une moult bonne terre et grasse, pleine de beaulx et grandz arbres de plusieurs sortes : et entre autre y a plusieurs couldres franches que trouvâmes fort chargées de noisilles aussi grosses et de meilleure saveur que les nôtres, mais un peu plus dures. Et par cela nommâmes l’Isle-es-Couldres. »

            Le septiesme jour du dit mois de septembre, jour Notre-Dame après avoir ouï la messe, nous partîmes de la dite isle pour aller à mont ledit fleuve.
»1

            Cette magnifique rade ou Jacques Cartier accosta porta le nom de Mouillage puis l’endroit bien connu des marins, passa à l’histoire comme «Cimetière des Français» qui servit à des fins de sépulture pour y déposer les personnes décédées au cours des longs et difficiles voyages en mer. Ce havre sert aujourd’hui de quai d’arrivée pour le traversier qui dessert l’Île à partir de St-Joseph-de-La-Rive. Elle a aussi porté successivement le nom de « mouillage des Français » jusqu’à la conquête puis de « mouillage des Anglais » au cours de l’été 1759 alors que les troupes anglaises pillèrent et saccagèrent l’Île, obligeant les habitants à se réfugier à la baie Saint-Paul. La population locale, une centaine de personnes, fut alors forcée de s’exiler sur la terre ferme d’en face à la baie Saint-Paul pendant que les troupes de l’Amiral Durell occupent l’île la veille de l’Ascension 1759 en vue de l’attaque massive dirigée sur la ville de Québec le 13 septembre 1759 telle que planifiée par le capitaine Goreham. Ce même Goreham dit, dans son rapport, qu’un seul homme fut tué alors que la mémoire locale assure que plusieurs connurent le même sort et qu’on les jeta dans l’étang de la Chapelle, près duquel plusieurs coups de fusil furent échangés à l’endroit appelé la pointe de d’Aulnes à l’époque.

1  NDA : tiré des Récits des Voyages de Jacques-Cartier et adapté en Français lisible dans la mesure du possible à partir de divers sites WEB. G.G.
NDA : ces noisetiers demeurèrent présents sur l’Île jusqu’à la fin du 19 ième siècle. Par la suite, dû principalement au défrichement, ils disparaîtront  presque totalement. G.G.

 

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Croix de pierre érigée à l’endroit où Jacques Cartier aurait célébré la première messe en Amérique du Nord le 7 septembre 1535. Photo de date et origine inconnues. 



            Par la suite, l’endroit, connu des marins, servit à des fins de sépultures et on lui donna le nom de « Cimetière des Français ».

            Le site fut quelque peu négligé pendant quelques années et la croix n’était visible, semble t-il, qu’à travers un fouillis d’arbrisseaux et de broussailles.

            Mais la population de l’Isle-aux-Coudres prit les choses en mains et le site est facilement visible et accessible pour tous. La croix ou monument Jacques Cartier fait aujourd’hui partie du circuit touristique de l’Isle-aux-Coudres.

            Cette croix rappelle donc tous les évènements historiques des débuts de l’Île et marque ce coin de terre privilégié qui peut être désigné à bon droit comme le berceau de l’Île. Aujourd’hui, on le dénomme tout simplement «LE MONUMENT JACQUES CARTIER» et il fut érigé le 23 septembre 1928 et béni par le cardinal Rouleau. On la trouve sur la côte nord de l’Île.

 

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Monument Croix Jacques Cartier
Le même monument aujourd’hui.
Gracieuseté :Tourisme Isle-aux-Coudres. Madame Johanne.
Enviro Foto-Collection,  J.-F. Bergeron

 

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Autre vue de la croix et monument de Jacques Cartier
Même source que la photo précédente.

 

Aperçu général de l’Île et généralités sur son histoire


            Jacques Cartier, dans sa description de l’île en 1535, avait vu juste quant à ses dimensions. L’île n’est pas grande et c’est là une partie de son charme. Elle se trouve à environ vingt lieues (environ 60 milles) en aval de la ville de Québec et se situe plus près de la rive nord du fleuve. Sa longueur depuis l’extrémité de sa pointe Est jusqu’à la plus longue pointe de l’ouest est d’environ trois lieues ( 9 milles ) de sorte que la route (le Chemin des Coudriers et le Chemin Principal) qui ceinture l’île fait 26 kilomètres ( 16 milles ). Juste assez pour une agréable balade à vélo. Pour comparaison, le tour de l’Île d’Orléans fait 43 milles, comme nous le chante le grand Félix Leclerc dans sa poétique chanson «Le Tour de l’Île». Sa largeur fait à peine trois quarts de lieues dans les endroits les plus rapprochés. L’extrémité Est de l’Isle-aux-Coudres, comme celle de presque toutes les îles de notre fleuve Saint-Laurent, se termine en queue de poisson. Grossièrement, le haut de l’île se termine par trois pointes ou têtes, dont celle du nord, la plus avancée vers l’ouest, s’appelle Pointe-de-l’Islette et au cours des années l’appellation de ces pointes a variée plusieurs fois. Aujourd’hui, ces pointes portent les noms de Pointe du Bout d’en Bas, Pointe de la Prairie, Roche à Cailla, Cap à Labranche, etc. Voir carte plus bas.

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Source de la photo : Guide touristique. Ministère du Tourisme du Québec, page 11, 2004-2005.

 

            Il faut noter qu’entre ces pointes et ces caps, on retrouve, des côtés nord et sud de l’île, des battures et des anses qui servaient de mouillage aux goélettes ou chaloupes dont les habitants de l’Île-aux-Coudres ont eu historiquement un continuel besoin dans la saison de navigation pour communiquer avec la terre ferme. Ces mouillages, dont les eaux se retirent à chaque marée baissante, sont ouverts aux vents de l’ouest et ne sauraient mettre les goélettes à l’abri de leur violence. C’est pourquoi l’on retrouve d’autres abris utilisés pour les petites embarcations, comme, par exemple, l’anse du Ruisseau Rouge, à l’extrémité Est de l’île. Tout le côté sud de l’île n’offre aucun abri sûr pour la navigation. Ce côté sud de l’île porte le nom de La Baleine parce que selon la tradition, une baleine y fut retrouvée morte autrefois. 

            Il y a, sur l’Île-aux-Coudres, que cinq faibles cours d’eau dont un seul, celui de l’anse du sud, a fait marcher un moulin à farine mais seulement pendant la crue des eaux au printemps. Mais à l’époque de la colonisation intense de l’île dans le premier quart du 18 ième siècle, ce moulin était nettement insuffisant pour satisfaire aux besoins des habitants qui, assez souvent pendant l’été, étaient obligés d’aller faire moudre leurs grains à l’un des moulins de la baie saint-Paul. Deux moulins sont fonctionnels sur l’île de nos jours. L’un, fonctionnant à l’eau, date de 1825 et l’autre, mû par le vent, remonte à 1836.

           Depuis le bas de l’île jusqu’au Cap-à-la-Branche, sur la partie nord de l’île, toute la déclivité de la côte est couverte de bois. Les habitants de ce côté de l’île ont toujours agi sagement en conservant les arbres de cette côte de terre. Leurs racines empêchent l’érosion des sols pendant la saison des dégels et dans les grandes pluies d’automne. Ce qui n’est pas à dédaigner non plus, c’est que la présence de ces arbres protègent les bâtisses contre la furie des vents du nord pendant l’automne et l’hiver.

            Le sol cultivable de l’île se trouve aussi amendé par l’arrivée continuelle des sables charroyés par les eaux du fleuve au rythme des marées. Cet état des choses favorisent la culture des pommes de terre ou patates qui, on le sait, préfère un sol sablonneux. Nos ancêtres de l’Île n’utilisaient pas d’engrais naturel comme le fumier animal et encore moins les engrais artificiels. Et que non ! La nature s’en chargeait généreusement par l’apport de varech ou goémon (fucus vésiculeux, laminaires rouges, algues vertes, bleues et rouges, etc) que le retrait des marées d’automne leur amenait en quantités industrielles. Notons que les insulaires appelaient délicieusement flammes ces longues algues rouges, qui pouvaient mesurer jusqu’à 10 à 12 pieds de long et que l’on nomme aujourd’hui laminaires. L’abbé Alexis Mailloux, dans son Histoire de l’Île-aux-Coudres1 nous affirme qu’un tel engrais est de beaucoup préférable au fumier et que ce varech donnait un rendement double. Il va même jusqu’à dire que les pommes de terre provenant de ces terres engraissées par le moyen de ce varech étaient de meilleure qualité et se conservaient mieux que celles venues dans des sols engraissés avec le fumier. C’est pour cette valable raison que le varech était considéré comme un bienfait de la providence dans les longs jours d’hiver et surtout pendant ceux où les fourrages se faisaient rares sur l’île. La cueillette de ce précieux apport alimentaire se faisait dans les pêches à marsouins et dans les pêches à fascines qui s’y prêtaient bien en fonction de leurs structures . 

1 Histoire de l’Ile-aux-Coudres avec ses traditions, ses légendes, ses coutumes. -  Montréal. La Compagnie de Lithographie Burland-Desbarats -1879 avec Préface de L’abbé H-R. Casgrain, Rivière-Ouelle, 15 octobre 1878. Réédition . Montréal 1998 - Corneau et Nadeau, Île-aux-Coudres.



            Enfin, les premiers colons établis pouvaient compter sur une abondance surprenante de poissons de toutes sortes. Bien entendu, le saumon, l’esturgeon et le bar abondaient et ne se pêchent plus sur l’Île mais il n’y a pas encore longtemps et plus rarement aujourd’hui, on y pratiquait la pêche à fascine. On y prend quantité de plies, la loches ou petites morues, l’éperlan, la sardine et l’anguille. Et que dire de la pêche au marsouin qui représentait une source de revenus d’appoint appréciable pour les insulaires et qui fut longtemps leur marque de commerce ! Nous reparlerons plus loin aussi de l’industrie de la construction de goélettes qui fait encore partie de l’histoire folklorique de l’Île.



Les premières années de l’Isle-aux-Coudres


            Pendant cent quarante deux ans après le second voyage de Jacques Cartier, personne ne s’occupa de l’Île-aux-Coudres. Ce ne fut qu’à l’époque de 1677 qu’elle fut concédée en fief à un dénommé Étienne Lessard (ou De Lessart), habitant de la côte de Beaupré, par le comte de Frontenac à la condition d’obtenir du roi de France, sous une condition de date, la confirmation de son titre. Cet Étienne Lessard, éprouvant des difficultés ou manquant des moyens nécessaires pour obtenir la confirmation de son titre de concession, laissa passer dix ans sans s’adresser au roi de France. Certains historiens maintiennent qu’il était allé jusqu’à dire qu’il avait perdu toute trace de cette transaction qui devait sûrement être verbale car il ne savait ni lire ni écrire. D’autres prétendent que Lessard n’avait jamais mis les pieds sur sa concession et qu’il ne manifestait aucun intérêt à y établir des censitaires, comme l’exigeait la coutume de Paris dans l’ordre normal des choses.

 

            Je vous reproduis ci-bas le titre de concession, signé par Frontenac :

 

 

Concession de l’Isle-aux-Coudres

à Étienne Lessard

par le gouverneur Frontenac

1677
 

 

Transcription :  

 

En page couverture du document : 10 Concession de L'isle aux Coudres au Sieur Estienne De Lessart par M. de frontenac gouverneur du Canada 

4e mars 1677 

Contrat No 44- isle aux coudres- Carton B.B.
Concession pour le Sieur Estienne de Lessart 4e mars 1677

 

LOUIS DE BUADE COMTE DE FRONTENAC CONSEILLER DU Roy en ses Conseils, Gouverneur et lieutenant general pour Sa Majesté en Canada, Acadie, Isle de terre neuve, Et autres pays de La France septentrionale. A tous ceux qui ces presentes verront, SALUT.
Scavoir faisons, que sur la requeste a nous presentée par Estienne de Lessart habitant de la Coste de Beaupré, tendante a ce qu'il nous plust luy vouloir accorder en titre de fief et seigneurie, L'Isle aux Coudres contenant Environ trois lieües en superficie, Ensemble les bastiments qui sont au tour d'icelle, ou il desiroit faire un Etablissement, Ensemble de droit de Chasse et de pesche dans l'estendüe des dits lieux. NOUS en vertu du pouvoir a nous donné par Sa Majesté, conjointement avec Monsieur du Chesneau Conseiller du Roy en son Conseil et Intendant de la Justice, Police, et finance de ce pays, Avons au dit Estienne de lessart, donné, octroyé, et concedée, donnons, octroyons, et concedons par ces presentes L'Isle aux Coudres contenant environ trois Lieües en superficie, Ensemble les bastiments qui sont au tour d'icelle. Pour en jouir par luy ses hoirs et ayants causes a l'avenir, en fief et Seigneurie avec le droit de Chasse et de Pesche dans l'estendüe des dits lieux, a La Charge de la foy et hommage que le dit de lessart ses dits hoirs et ayants causes seront tesnus de porter au Chasteau St Louis de Quebec, duquel il relevera aux droits de la Coustume de la Prevosté et viscomté de paris, qui sera suivie a cet Egard, par provision, et en attendant qu'il en soit autrement ordonné par Sa Majesté. Comme aussy qu'il tiendra et fera tenir feu et lieu par ses tenanciers sur leurs
concessions qu'il leur accordera, Et a faute de ce faire qu'il rentrera de plain droit en possession de la dite terre, Et conservera et fera conserver les bois de Chesne qui se trouveront propres pour la construction des vaisseaux dans l'estendüe des dits lieux et qu'il donnera advis au Roy ou a nous des Mines, Miniers ou Mineraux sy aucunes s'y trouvent, Et y laissera et fera tenir tous chemins passages necessaires, Le tout sous le bon plaisir de Sa Majesté, de laquelle il sera tenu de prendre la confirmation des presentes dans un an.

En tesmoin de quoy NOUS avons signé ces dites presentes, et fait apposer le sceau de nos Armes & Contresigné par l'un de nos secretaires. Donné à Quebec le quatriesme mars mil six cent soixante dix sept.

                  (signé)  Frontenac

PAR : Monseigneur Le Chasseur
Avec paraphe

 

Source : Archives du Séminaire de Québec : Seigneuries  35  no 43

Commentaires :


            Étienne Lessard a réussi à obtenir son titre de concession par je ne sais quel moyen. Mais à la lecture du document, on s’aperçoit bien vite qu’il n’avait rempli aucune des conditions pourtant clairement établies dans la teneur du texte. Il n’a point tenu feu et lieu sur le fief concédé et n’y accordé aucune concession. Ni lui car il n’y a jamais mis les pieds ni ses tenanciers car il n’en a eu aucun. Il n’a conséquemment jamais rendu ni lui ni des hoirs et ayants cause acte de foy et homage au Chasteau St-Louis, etc. Le gouverneur Frontenac aurait été indubitablement dans son droit en lui enlevant le dit fief. Mais il n’en fut rien pour d’obscures raisons que l’Histoire n’a jamais pu éclaircir. Comme il est aussi arrivé à Pierre Dupré à la seigneurie du Gouffre de Baie-Saint-Paul. Et pourtant, il était tenu de prendre confirmation de son titre dans un an, donc au mois de mars 1678. Encore là, il n’en fut rien. De plus, ce même Étienne Lessard était aussi propriétaire du fief des Éboulements qu’il a par la suite vendu à son second fils Charles. Ce dernier se retrouva dans une situation absolument identique. Dans ce dernier fief, celui des Éboulements, Charles Lessart n’a concédé verbalement qu’une seule concession, soit avant ou vers 1706-1707, à mon ancêtre de la seconde génération Louis Gontier qui fut le seul à y avoir un établissement peu avant ou après son mariage en 1706. Cette situation imprécise a causé bien des troubles au dit Louis Gontier. C’est que Étienne Lessard avait vendu le fief des Éboulement à son deuxième fils Charles et Pierre Lessard, son troisième fils, a acheté lui, le fief de l’endroit qui deviendra la Rivière du Gouffre de Baie Saint-Paul. Charles Lessard a revendu à Pierre Tremblay, le deuxième Pierre, le fief des Éboulements en 1710. Notez que Charles Lessard, tout comme son père, n’avait pas du tout respecté ni rempli ses obligations de seigneur. Pierre Tremblay a payé comptant la somme de 650 livres pour le dit fief car sa seconde épouse Marie Roussin avait vendu une terre héritée de son père à l’Ange-Gardien. Le contrat s’est signé à Québec. Pierre Tremblay devenu seigneur des Éboulements, il eut quelques démêlées avec mon ancêtre Louis Gontier, ce qui dura jusqu’au décès prématuré de Louis à l’âge de 39 ans en 1728. Le pauvre Louis n’avait probablement qu’une entente verbale avec Charles Lessard et ne pouvait en aucune façon faire valoir ses droits portant sur l’étendue de sa concession de 3 arpents de front donnant sur le fleuve et 40 arpents de profondeur qui n’étaient consignés nulle part, semble t-il. De plus, Charles Lessard maintenait qu’il avait « adiré » ou perdu les documents attestant ses titres de propriétés sur le dit fief et il promettait de les remettre incessamment entre les mains des autorités et des intéressés. Allez savoir ! Décidément, les Lessard, père et fils ne sont certes pas tellement doués pour la conservation des documents !

            Ne croyant peut-être pas avoir le droit de faire valoir son titre dont il n’avait pas rempli les conditions, et peut-être aussi dans le but de retirer quelque bénéfice de son titre, Étienne Lessard s’adressa aux messieurs du Séminaire pour leur vendre son titre de seigneur de l’Îsle-aux-Coudres.

            Je vous donne ci-bas l’acte de cession d’Étienne Lesssard au Séminaire de Québec le 19 du mois d’octobre 1687 :  

Cession de l’Isle-aux-Coudres par Étienne Lessard

Au Séminaire de Québec 

1687


Transcription :
En page couverture du document 

19e octobre 1687 

Cession de L'Isle aux coudres par lessard au seminaire 

Contrat No 44  carton B.B. 


PAR DEVANT FRANÇOIS GENAPLE NOTAIRE garde notes du Roy à Québec en la Nouvelle France soussigné fut present Sieur Estienne Lessart habitant de la Coste Seigneurie de Beaupré Disant que Concession luy auroit esté faite a titre de fief de L'Isle aux Coudres et battures qui sont autour d'icelle par titre de Monsieur le Comte de Frontenac Lors Gouverneur et Lieutenant general pour Sa Majesté en ce Payis en date du quatre mars mil six cent soixante et dix sept, dont il n'a pu obtenir la ratification en sa faveur a cause des obstacles qui y ont esté apportez ;  et considerant que la dite Isle est devant les terres de la baye Saint Paul Et du Cap tourmente apartenants au Seminaire de cette ville, et qu'elle peut luy estre utile estant a sa bienseance, et dont Messieurs les Ecclesiastiques d'iceluy pouroient obtenir plus facilement la ratification si elles estoient aux droits d'iceluy Sieur Lessart ; a Ces Causes et pour cet Effet , il se demet devest et dêporte des à present du dit titre et de toutes les pretentions et droits qu'il pouroit avoir en la dite Isle, et battures d'alentour, en faveur du dit Seminaire es mains de Messires Louis Ango Sieur des Mezerets Superieur d'iceluy, Henry de Bernieres et Charles Glandelet officiers a ce presens et acceptans, leur transportant tous droits de proprieté, noms. Raisons, et actions quIl y avoit ou pouroit avoir â l'avenir leur remettant à cet effet dès à present le dit titre entre les mains : pour en jouir par Messires Les Ecclesiastiques d'iceluy, leurs successeurs et ayans cause, aux mesmes titres et droits Charges er dedevances portées par le dit titre : Sauf à ceux d'en obtenir la ratification en vertu et au moyen des presentes, si faire le peuvent, ou nouvelle concession en leurs Noms. Cette demission cession et transport de la dite Isle et dependances ainsy faite moyennant la somme de cent livres que les dits Sieurs Superieurs et Officiers promettent de payer au dit devant, au cas que la dite ratification leur en soit accordée. Et en cas qu'ils ne puissent obtenir le present transport demeurera nul et seront les dits Sieurs Ecclesiastiques dêchargés du dit payement : Et cependant à esté payé presentement comptant au dit Sieur Lessart en desduction de la dite somme celle de trente livres. Dont & quitant & fait et passé au dit Quebec Estude du dit notaire avant midy le dix neufiesme jour D'octobre mil six cent quatre vingt sept presence des Sieurs De Villeneuve Ingenieur du Roy et Boutteville marchand en cette ville tesmoins qui ont avec le dit cedant, les dits Sieurs Superieurs et Officiers sus nommés signé à la minute des presentes---


(signé) Genaple
avec paraphe


Source : Archives du Séminaire de Québec : Séminaire 3  no 44 b

 

            Nous voici rendus en 1687 au stade où ces Messieurs du Séminaire sont devenus propriétaires de l’Isle-aux-Coudres. Nous pouvons constater que la noble institution fondée par Monseigneur de Laval (sous l’égide du Séminaire des Missions Étrangères pour des raisons canoniques) en 1663 et 1664 devient propriétaire d’un fief inhabité qu’ils ont obtenu à peu de frais, soit pour 100 francs ou 100 livres. Une barrique de vin se vendait 80 livres et le salaire d’un homme de métier était d’environ 100 livres. Il va sans dire, c’est une aubaine, car l’ancien évêque de Pétrée devenu premier évêque du tout nouveau diocèse de Québec a d’ambitieux projets pour son Séminaire qu’il vient de fonder. Il veut en faire une espèce d’école d’agriculture modèle, un lieu de repos et de vacances pour ses chers séminaristes, concéder des lots exploités selon le système des métairies et tutti quanti…

            La condition de paiement de la somme presque dérisoire de 100 livres en paiement du fief cédé est que les fondés de pouvoir de l’évêque obtiennent la ratification de cette vente ou un nouveau titre de concession. Voici que le 29 octobre de la même année, soit dix jours après la signature du contrat de cession par Lessard, les messieurs du Séminaire de Québec obtiennent du marquis de Denonville, gouverneur du Canada, un nouveau titre de concession de l’Île-aux-Coudres et des battures autour d’icelle, à titre de fief avec droit de pêche et de chasse, mais à condition qu’on y ferait point la traite avec les sauvages et qu’elle serait habitée par aucun autre individu que par des personnes du dit Séminaire. Mais le paiement de la somme de 100 livres est effectué et on y a défalqué la somme de 30 livres dont Lessard était redevable envers le Séminaire.

            Monseigneur de Laval est aux anges et c’est peu dire, lui, le pourfendeur des traiteurs d’eau-de-vie et de fourrures avec les sauvages, voit son œuvre se concrétiser à si peu de frais…

            Dès le 1er mars 1688, un brevet du roi confirme au Séminaire la concession de l’île à titre de fief noble (contrairement à un fief concédé en roture) et les nouveaux seigneurs l’annexent à l’une des fermes (métairies) de la baie Saint-Paul. Ils ont droit de chasse et pêche mais ne doit être habité que par des personnes appartenant au Séminaire. Ceux-ci craignent que des nouveaux colons s’établissant à l’Île-aux-Coudres ne soient tentés de se livrer à la traite des fourrures et de l’eau-de-vie avec les Sauvages, ce qui est formellement interdit par le clergé. Mais cette crainte n’était point fondée sur des motifs raisonnables puisque qu’il n’eût servi à rien d’empêcher les habitants établis sur l’Île-aux-Coudres fissent la traite avec les Sauvages, pendant qu’il était libre aux habitants déjà fixés à la Malbaie ou ailleurs sur la côte du nord, de la faire avec les Sauvages de la traite de Tadoussac. Mais le Séminaire maintint sa ligne de conduite dure pendant l’espace de 21 ans. On peut penser qu’en acquérant l’Île-aux-Coudres, l’intention principale des seigneurs était d’y pratiquer la pêche aux marsouins dont l’huile pouvait être acheminée jusqu’à Québec grâce aux quelques barques que possédait le Séminaire.

            En 1710, le premier septembre, les nouveaux propriétaires de l’île adressent une requête à l’intendant Raudot pour que soit levée l’interdiction d’y concéder des terres. Ils se sont finalement rendus à l’évidence : selon eux, il est bien plus facile de s’adonner à la traite des fourrures et de l’eau-de-vie en demeurant sur la côte, et le seul but de ceux qui veulent s’établir dans l’île est de cultiver le sol et de profiter de ses prairies marines. Ils obtiennent ce qu’ils désirent et quelques personnes s’installent dans l’île mais sans leur accorder aucun droit de traite ou de chasse. L’île verra donc ses belles forêts tomber sous la hache du défricheur pour être remplacées par de riches moissons. En 1727, on leur construit un petit moulin à farine qui brûle peu après. Ce n’est qu’à partir de 1728 que sont enregistrées les premières concessions dans la partie sud de l’île. Il y en aura 40 en 1773. Mais, en l’absence de route, la baie Saint-Paul et l’Île-aux-Coudres sont bien difficiles d’accès, pendant l’hiver surtout. De plus, leur rendement s’avère très insatisfaisant. Cela n’empêche pas le Séminaire de s’en occuper activement, même s’il demeure indécis à leur sujet. En 1728, on songe à se défaire de l’Île-aux-Coudres et de la baie Saint-Paul pour acquitter des dettes. Mais en 1729, cette idée est rejetée, sans doute parce que on arrive pas à en obtenir un prix intéressant. Vers 1748, on projette d’élever des animaux sur le côté nord de l’île, jusqu’alors non concédé, et de les nourrir avec le foin de grève. Mais ce dessein tourne court également.

            Le temps passe, la population augmente ; les fils des premiers habitants cherchent maintenant des terres à cultiver. Sensible à ce besoin et ayant abandonné son projet d’élevage, le Séminaire accepte enfin en 1770 de concéder les terres du côté nord. En 1765, on compte 40 ménages à l’Île-aux-Coudres qui forment une population de 213 âmes; en 1790, le nombre des habitants atteint 566 personnes. Donc, en l’espace de 25 ans, la population de l’île a plus que doublé. Quant aux pêches à marsouins, elles sont, comme les pêches à l’anguille de la côte, louées aux habitants pour lesquels, en 1752, le Séminaire accepte de construire une moulin à vent à l’Îlette (voir carte, page 6) et, en 1773, un autre à La Baleine (voir carte, page 6).
                Manifestement, le Séminaire ne trouve pas son profit dans l’exploitation des terres sises et situées au-deçà de Cap Tourmente. C’est ce qui le pousse à accepter l’offre de Cadet et Bazin de louer pour la somme de 1600 livres la région qui va de Sault-au-Cochon jusqu’à la rive droite de la rivière du Gouffre, ainsi que l’Île-aux-Coudres. Le bail est signé le 12 janvier 1750.



Les premiers habitants de L’Isle-aux-Coudres.


                  Ce ne fut que dix-huit (18) ans après la permission accordée par l’intendant Raudot en 1710 d’établir des habitants sur l’île que datent les premiers contrats de concession. L’Isle-aux-Coudres ne fut donc habitée, au moins d’une façon régulière, que cent quatre-vingt-treize ans (193) ou près de deux siècles après le second voyage de Cartier en 1535. Il est à croire que les messieurs du Séminaire détenait cette concession sans en tirer grand profit et qu’ils avaient quelque peu fléchi devant cette crainte qu’ils avaient vis-à vis la traite des fourrures et de l’eau-de-vie avec les Sauvages de la traite de Tadoussac et de Betsiamites. Les messieurs du Séminaire se seraient donc littéralement tiré dans le pied avec ce mode peu lucratif de gestion de concession et se devaient de trouver rapidement un moyen de rentabiliser leur acquisition.

                  L’île fut donc colonisée d’abord d’une manière plus ou moins régulière. Vous le constaterez selon les dates de contrats de concession à partir de 1728. Il est presqu’assuré aujourd’hui que le premier colon à s’y établir fut un dénommé Joseph Savard car au répertoire du premier registre à l’année de 1743, on mentionne le mariage de Barthélemi Thérien avec Brigitte Savard qui elle, est considérée comme la première personne à être née sur l’Île. Et la tradition orale, bien présente et presque sacrée chez les insulaires, la considère comme telle et comme fille de Joseph Savard et Marie-Joseph Morelle. Considérant que Brigitte Savard devait avoir 20 ou 22 ans à son mariage, on devrait faire remonter l’arrivée de son père vers l’époque de l’automne 1720 et par conséquent avant la date des premières concessions qui ne furent données qu’en 1728. Donc, il n’était pas l’unique occupant solitaire sur l’Île à partir de la date supposée de 1720. Ce que confirme aussi une narration du curé desservant l’île à l’époque qui nous apprend que Joseph Savard, voyant sa femme sur le point de donner naissance à un enfant, aurait quitté l’Île avec un serviteur pendant trois jours pour trouver une sage-femme sur la terre ferme du côté nord. On conclut aisément que dans l’état où se trouvait sa femme, elle ne serait pas demeurée seule dans sa maison s’il n’y avait eu quelqu’autre famille sur l’île.

                  Toujours selon la tradition, Joseph Savard aurait bâti une petite maison sur une butte près de la petite rivière appelée à l’époque Rivière-des-Pruches, qui devint plus tard le Ruisseau de la Ferme. Il aurait eu huit enfants, deux garçons et six filles, qui pour la plupart, sont demeurés sur l’Île. Je vous soumet ci-bas la liste des premiers concessionnaires de l’Île avec la date d’attribution de leurs cencives :

 

Contrat du 6 juillet 1728 : 1 - Joseph Savard - 2 - François Tremblay
Contrat du 7 juillet 1728 : 3 - François Roussel - 4 – Joseph Tremblay - 5 – Sébastien Harvay – 6 – André Bergeron
Contrat du 10 juillet 1728 : 7 – Étienne Desbiens
Contrat du 10 octobre 1728 : 8 – Étienne Desbiens – 9 – Guillaume Tremblay – 10 – André Tremblay
Contrat du 16 mai 1730 : 11 – Dominique Bonneau dit La Bécasse
Contrat du 29 mai 1738 : 12 – Étienne Tremblay
Contrat du 16 juin 1746 : 13 – Joseph Savard
Contrat du 24 juin 1746 : 14 – Jacques Godreau – 15 – Joseph Desbiens – 16 – Joseph Bouchard
Contrat du 28 juin 1747 : 17 - Jean Gontier (mon ancêtre de la troisième génération)
Contrat du 22 juillet 1748 : 18 – Ignace Brisson
Contrat du 22 juillet 1749 : 19 – Charles Desmeules
Contrat du 13 juin 1752 : 20 – Marc Beaulieu dit Suisse
Contrat du 10 octobre 1752 : 21 – François Tremblay
Contrat du 7 juillet 1754 : 22 – André Bergeron
Contrat du 13 mars 1757 : 23 – Joseph Labranche dit Laforest
Contrat du 2 avril 1773 : 24 – Guillaume Tremblay

 

                Si on ajoute les autres noms que l’on retrouve dans les plans du Séminaire, on aura trente (30) habitants établis à L’Isle-aux-Coudres. En somme, à l’exception de celle du Domaine c’est la partie d’un fief où habite le propriétaire du fief ou ses représentants alors que la Mouvance comprend la partie du fief occupée par les censitaires toutes les terres de l’île furent concédées mais disposées de façon différente selon la morphologie des sols. À partir de 1773, les terres du Cap-à-Labranche ( voir carte à la page 6 ) ont été divisées sur la largeur mais ont conservé leur profondeur alors que celles concédées sous la dénomination de La Baleine ont été coupées en deux sur la profondeur, à l’exception de quelques-unes qui se trouvaient au bas de l’île et qui en traversent parallèlement à l’axe de l’Île la largeur à cet endroit. (voir carte à la page)

                  Voici un exemplaire de l’original du contrat de concession de 1747 ( 1ère page de 2, pour exemple seulement ) faite à  mon ancêtre Jean Gontier avec la transcription entière lisible. On peut raisonnablement supposer que tous les autres contrats de concession montraient la même forme ou teneur avec quelques variantes. 

 

 JeanGontierconcIAC.jpg (83467 bytes)

 

Concession d'une terre de l’Isle-aux-Coudres à Jean Gontier

Au Cap-à-Labranche

28 juin 17461


1Archives du Séminaire de Québec  Seigneuries 42 No 2

Transcription du document original :

En marge gauche du document :
28 juin 1746 (6)
Isle aux coudres cote du
Cap à Labranche
Concession a Jean gontier
3 arpens

No 7
Cap à Labranche
3 ½ arp X 50 arp

Page couverture du document :
Isle aux coudres 7 ième
Quitte de rentes 1748 compris
 

Par devant Le notaire Royal, en la seigneurie de Beaupré, resident a la Petite Riviere paroisse de St françois Xavier Soussigné, et les Temoins cy bas nommes, fut present Mestre Jean Baptiste Pellet, Procureur du Seminaire des Missions Etrangeres établi a Quebec, Seigneurie de Beaupré, Lequel a Baillé, Delaissé et concedé par ces presentes, à titre de cens et rentes, des maintenant et a toujours, A Jean Gontier, habitant de l’Isle aux Coudres, a ce present et acceptant, Preneur pour lui Ses hoirs et ayant cause a l’avenir, C’est a scavoir Une terre de trois arpens et demy de front Scize et Scituée dans l’Isle aux Coudres Sur le Cap a la branche, Sur la profondeur de cinquante Arpens de la se trouvent, avec droit de Chasse Sur la dite concession  bornée par le devant au fleuve St Laurent, A la plus haute mer, et par l’autre bout, aux terres qui traversent la dite Isle, bornée du Costé du sud ouest par la Terre de Jacques Bouchard, et au Nord par la terre d’Étienne gagnon, cette Concession ainsy faite à la charge par le dit Preneur Ses hoirs et ayant cause de payer pour Chacun An au Seigneur, en son manoir principal de Beaupré, vingt Sols par Arpen de front et deux Chapons vyfs, ou quinze sols Tournois par chaque Chapon, au choix du dit Sieur Bailleur, avec trois Sols et demi de cens, La dite Rente Commencera a courir a la St Remi prochain, et Escherra a pareil Jour, en continuant d’Année en Année a Perpetuité ; de plus, le dit Preneur sera tenu de fournir et entretenir un chemin pour l’utilité publique, de faire les fosses et Clotures Convenables, de laisser prendre tous les bois  propres a la Construction, et pour le Moulin, de faire Moudre au Moulin de la Seigneurie Tous les grains qu’il recueillera Sur la dite Terre, de fournir au dit Seigneur une Expedition du present Contrat de Concession, et une coppie du proces verbal de l’arpenteur, a toutes lesquelles Clauses et Conditions le dit Preneur c’est volontairement Soumis pour lui Ses hoirs ou ayant Cause Sous peine d’être Dechu de plein droit des présentes en cas de Contrevention , Car ainsi & et ce Promettant & et ce Renoncant a & Fait et Passé a la Petite Rivière paroisse de St francois Xavier, le vingt huit Juin, Mil sept cent quarante six, apres Midy, En presence de Jacques Lavoye et francois Perron, habitants de la dite paroisse, qui ont Signé avec le Sieur Bailleur et nous a la Minute des presentes, apres lecture faite 

(signé) Michel Lavoye 

Collationné a l’Expedition du dit contrat de Concession Par les notaires Royaux en la Prevosté de Québec y residents Soussignes representés par Jean Gontier, Preneur denommé et a l’instant remise. Fait a Québec Le quinze Juillet Mil sept cent quarante neuf .

Sanguinet

( signature du huissier illisible )


               Comme vous l’avez lu plus haut, ce Jean Gontier fut mon ancêtre de la troisième génération, fils de Louis (1679-1728), fils de Bernard Gontier (1643-1716). Jean Gontier est décédé à l’Isle-aux-Coudres en 1749, dans la fleur de l’âge, soit à l’age de 35 ou 36 ans. Ses compatriotes de l’Île possédaient des terres de dimensions diverses selon la taille de la famille, disposées perpendiculièrement à l’axe de l’Île dans le bas sud-ouest ou transversalement dans le haut de l’île comme au Cap-à-LaBranche. Le prix des cens (20 sols ou une livre par arpent de front) et rentes (3 sols et demi) variait selon le nombre d’arpents de front et en profondeur.



Divers aspects de la vie à l’Isle-aux-Coudres 


                Le premier baptême porté au registre de l’Isle-aux-Coudres fut celui de Marie Anne Tremblay dont le père était André Tremblay et la mère Catherine Bouchard.

                J’ai aussi noté qu’un baptême sur l’île, celui de Marie Augustine Bouchard, fille de Jacques Bouchard et de Louise Françoise Roussel, qui naquit le 22 juillet 1755 et fut baptisée le lendemain 23 juillet par le père Coquart, jésuite, que la tradition locale nous informe que ce baptême aurait eu lieu près de la croix érigée par Jacques Cartier lors de son passage sur l’île en 1535 soit 220 ans après. Et chose intéressante, le mariage des parents d’un des premiers enfants baptisés sur l’Île fut aussi le premier acte de mariage inscrit sur le registre de la cure de l’Isle-aux-Coudres à la date du 13 novembre de l’année 1741. Et lors de ce mariage de Jacques Bouchard avec Louise Françoise Roussel, cinq signatures sont apposées au bas de l’acte dont l’une est celle de François Bouchard qui agissait à cette date comme capitaine des milices de la Côte, titre honorifique et prestigieux. Enfin, le premier acte de sépulture sur l’Île fut celui d’un enfant, Pierre Dieudonné Harvay, âgé de deux mois et demi, est survenu le 12 mai 1742. Signalons aussi que ces trois premiers actes de baptême, mariage et sépulture sur l’Île portent la signature du curé Chaumont.



                Le partage des prairies et les grèves de l’Isle-aux-Coudres  


             
                Il est évident que les premiers colons qui débarquèrent à L’Île-aux-Coudres se virent immédiatement dans l’obligation de défricher rapidement une portion de leur terre afin d’y bâtir d’abord un abri temporaire puis une maison pour installer leur famille. Ils furent plusieurs années hors de moyen de garder des chevaux et d’autres animaux parce qu'ils n’avaient pas assez de terres de défrichées pour semer les plantes céréalières essentielles à leur survie. Conséquemment, naquit une certaine gêne pendant un grand nombre d’années, ce qui paralysât les efforts de nombreux colons et les obligeât à abandonner des terres sur lesquelles ils avaient la volonté de se fixer. C’est ce qui explique aussi en partie l’émigration sporadique de plusieurs d’entre eux qui allèrent se fixer sur la côte et permit l’ouverture de nouvelles paroisses comme La Malbaie, Les Éboulements, Saint-Urbain, Saint-Hilarion, Sainte-Agnès, Saint-Irénée et d’autres sur la rive sud du fleuve, dans Kamouraska, par exemple. Ceux qui arrivèrent à partir de 1728 vinrent prendre des terres dans la seigneurie de l’Isle-aux-Coudres avec l’espérance d’y trouver des herbages en assez grande abondance pour y garder et élever les animaux dont ils avaient besoin pour eux et la culture de leurs terres. On voit, dans les clauses des contrats de concession, que les terres étaient invariablement bornées à la plus haute marée et qu’ils n’avaient pas droit de pêche. Quant à la chasse, il semble qu’il n’y avait pas grand gibier sur l’Île à part les oiseaux migrateurs comme les oies sauvages qui s’y arrêtaient sur les battures deux fois par année. L’abbé Alexis Mailloux1 nous renseigne à ce sujet en affirmant qu’il n’y a pas sur l’Île-aux-Coudres ni ours, ni renard, ni loup-cerviers, ni bêtes puantes (mouffettes), ni écureuils, ni marmottes, ni perdrix, ni suisses (Tamias striata ou Tamias rayé G.G.), mais bien certainement des maringouins, des puces, des punaises, des souris, des rats-musqués et des rats. On raconte aussi que les navires en rade, ( probablement par les bateaux arrivant de la Normandie où il y avait à bord des rats qui étaient d’une force remarquable et d’une finesse incroyable ) avaient permis l’invasion des rats sur l’île et que ces voraces rongeurs se sont multipliés de manière à devenir un véritable fléau pour les habitants de l’Île. On raconte que dans l’hiver de 1869, les rats auraient dévoré au moins une quarantaine de minots de grains. Mais l’abbé Mailloux se garde bien de dire s’il y avait des chevreuils, des caribous ou des orignaux sur l’île. Mais on peut penser qu’il devait y en avoir eu au moins quelques spécimens qui sont vite disparus à l’arrivée des premiers défricheurs. Les seigneurs se gardaient aussi des droits, dans la plupart des contrats, sur tous les herbages qui croissaient autour de l’Île. Les colons ne pouvaient donc pas tendre des pêches, tuer du gibier ni couper les herbes.

                 À la date de 1751, les messieurs du Séminaire de Québec envoyèrent sur l’Île un arpenteur du nom de Plamondon dans l’unique but de partager les herbages des grèves. Belle et louable initiative de leur part car chacun des habitants pourrait avoir pour son usage les herbages qui pousseraient sur les battures et qu’ils récolteraient à marée basse et ainsi, avoir suffisamment de fourrage pour nourrir leurs animaux sans être obligés de payer de redevances supplémentaires au seigneur. Et ce partage avait aussi comme but de fournir des herbes à ceux qui n’en avaient point sur la devanture de leurs terres. Ce partage du foin des grève se fit avec une équité parfaite. Pour qu’aucun habitant n’eût à se plaindre, l’arpenteur fit une assemblée préliminaire où tout fut mûrement examiné. C’était dans les premiers jours de juillet et ce partage fut fait et les parts de chacun mesurées le 3 du mois de juillet 1751.

                Partage des prairies de L’Île-aux-Coudres et des fanneries de chaque habitant en commençant par le bout d’en haut de l’île, côté nord.1

Arp.   Per.   Pds.
1    Gabriel Harvay                                                     
2   Veuve Sébastien Harvay                                    
3   Étienne Desbiens                                                  
4   Veuve de Jean Baptiste Gonthier                      
5   Joseph Bouchard                                                  
6   Pierre Savard                                                                   
7   Jacques Bouchard                                                   
8   Joseph Tremblay                                                      
9   André Tremblay                                                      
10 Ignace Brisson                                                      
11 Jacques Godreau                                                       
12 Jean-Bte Martel                                                        
13 Guillaume Tremblay                                                       
14 Yve Étienne Pednau                                                  
15 François Tremblay                                                   
16 Guillaume Tremblay                                                  
17 Étienne Tremblay                                                     
18 Joseph Savard                                                           
19 Marc Beaulieu dit Suisse                                        
20 Dominique Bonneau dit La-bécasse                   
21 François Lajoie                                                         
22 Étienne Desbiens, fils                                               
23 Barthélemi Terrien                                                   
24 Charles Demeule                                                       
25 Nicolas Deganier  
2
1
1
1
2
2
4
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1 op.cit.  page 7 Histoire de l’Ile-aux-Coudres avec ses traditions, ses légendes, ses coutumes. -  Montréal. La Compagnie de Lithographie Burland-Desbarats -1879 avec Préface de L’abbé H-R. Casgrain, Rivière-Ouelle, 15 octobre 1878. Réédition . Montréal 1998 - Corneau et Nadeau, Île-aux-Coudres.

 

                Par cet acte de partage, il résultait que la plupart des habitants, et ceux surtout de la partie de la Baleine qui manquaient de foin sur les devantures de leurs terres, avaient des parts de grèves pour se munir de foin. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque les terres étaient partagées entre trente habitants et savoir que les parts des herbes avaient été données en proportion plus ou moins grande selon la largeur de front que les habitants avaient en leur possession. Ces permissions furent renouvelées de temps en temps afin de rappeler aux habitants de l’Île que les messieurs du Séminaire s’en réservaient la propriété pour le bien commun de tous. Certes, on vit apparaître quelques contestations et litiges à propos de ces partages. Comme exemple, certains hommes, qui se mêlèrent de choses qu’ils ne comprenaient guère, feront croire à quelques-uns de ceux qui avaient obtenu des parts de grève qu’ils n’étaient point tenus d’observer les conditions auxquelles elles avaient été cédées par le Séminaire. Il en résulta certaines prétentions qui allaient troubler l’harmonie entre les habitants, si un prompt remède n’était pas apporté au mal. Mais la paix fut rétablie grâce à la fermeté et la prudence du grand-vicaire Demers qui vint imposer silence aux récalcitrants et le Séminaire de Québec continua de permettre aux habitants de l’Île de faucher les foins qui croissaient sur les grèves. La dernière division ou partage des prairies date de 1801. Vers 1852, les grèves de l’Île furent vendues et elles appartiennent maintenant à ceux des habitants qui ont voulu en acheter des parties. N’est-ce pas là une manière élégante et sournoise en même temps de tenir sous un joug invasif une population déjà affaiblie par son analphabétisme et sa pauvreté matérielle? Enfin !…

                Les messieurs du Séminaire de Québec ont aussi laissé constamment, et pour leurs propres intérêts, la liberté aux habitants de l’île le grand avantage de pêcher autour de l’île sans rien exiger en retour. Pour la pêche aux anguilles, le Séminaire demandait la somme de une piastre pour chaque cent anguilles prises et ceux qui voulaient d’adonner à cette pratique obtenaient facilement la permission des maîtres des lieux. Il faut dire aussi que la chasse aux loups-marins étaient aussi permise et qu’elle eut une importance majeure dans le développement économique de l’Isle-aux-Coudres, au même titre que la construction des fameuses goélettes de l’Isle-aux-Coudres. Aussi, je réserve un chapitre particulier à la fameuse pêche aux loups-marins qui fait encore partie du folklore de l’île. Et n’appelle t-on pas amicalement nos cousins insulaires « Les Marsouins » ?

          

La pêche ou la chasse aux marsouins à l’Isle-aux-Coudres


                La pêche ou la chasse aux marsouins fut d’une importance majeure et vitale pour l’économie générale des habitants de l’Isle-aux-Coudres. On peut de demander avec raison si cette pratique fut une invention exclusive résultant de la débrouillardise légendaire de nos ancêtres charlevoisiens. Encore là, la tradition orale et les dires des anciens nous donnent réponse à cette question. Avant l’arrivée des Français, les Sauvages ( le mot Sauvage n’a rien de péjoratif en soi dans ce contexte et n’a point le sens qu’on lui donne aujourd’hui car c’est ainsi qu’on les appelait sous le Régime Français ) tendaient une pêche aux marsouins sur les battures de l’île, à l’ouest de la pointe dite Pointe-à-Antoine, donc la pêche aux marsouins existait avant leur arrivée au pays. Ce qui n’est pas surprenant quand on sait que ces Sauvages étaient fort habiles pour assurer leur survie par toutes espèces de chasse. Il est donc tout à fait normal et ordinaire qu’ils aient découvert ou inventé la manière de prendre ces mammifères cétacés marins qui fréquentaient l’île par milliers (dans le français du 17 ième siècle, on appelait les marsouins des poissons à lard. Puis, cette pêche s’est étendue peu après l’occupation du pays par les premiers colonisateurs. La tradition nous révèle aussi que les messieurs du Séminaire avaient tendu des pêches aux marsouins sur les battures de l’île à plusieurs reprises entre l’année où ils firent acquisition de la seigneurie en 1686 et celle de 1728, date des premiers contrats donnés à des colons. Même qu’ils auraient continué à tendre ces pêches pendant un certain nombres d’années après avoir concédé les terres de l’île. On peut même retrouver, dans les archives du Séminaire de Québec, des documents prouvant que le Séminaire avait retiré quelque revenu de cette pratique. Et peut-on leur reprocher ! Je croirais que non car il est normal qu’ils aient profité des revenus que ces pêches pouvaient leur procurer sans frais notables.

                Le principe de cette forme de pêche est simple et ingénieux à la fois. C’est au moyen de harts ou perches plantées sur une assez grande distance sur l’étendue des sables des battures et pas tellement éloignées l’une de l’autre et reliées entre elles par un filet où les courants du baissant et du montant sont d’une extrême rapidité que l’on retenait ces animaux marins de 15 à 20 pieds de long dont la force et la rapidité sont étonnantes. On sait que la Rivière-Ouelle, qui a été concédée longtemps avant l’Isle-aux-Coudres, possédait des battures que fréquentaient les marsouins et que les habitants du lieu pratiquaient la pêche aux marsouins selon cette méthode qu’ils avaient appris des Sauvages. On peut raisonnablement présumer que les habitants de l’Île aient pu apprendre des pêcheurs de marsouins de la Rivière-Ouelle la manière de capturer ce poisson à lard, comme ils les appelaient.

                La date précise où les habitants de l’Isle-aux-Coudres ont commencé cette pratique de pêche est difficile à déterminer. La preuve écrite n’en remonte qu’à l’année 1763, dans un bail notarié en faveur de François Tremblay daté du 19 octobre. D’autre baux, aussi notariés, portent les dates de 1764, 1767, 1778, etc. Mais rien n’empêche de prétendre que la pêche aux marsouins ne fut pratiquée avant la chute de Québec en 1759. On a tendu sur les battures de l’île, à différentes époques, sept pêches à marsouins. Quatre à la Pointe-à-Antoine, une au bout de l’îlette du bout ouest de l’Île, une devant les côtes de la Baleine, une au sud de l’Île, à l’endroit appelé le cap aux pierres. Les quatre pêches de la Baleine étaient tendues les unes à côté des autres, en gagnant vers les battures du large, à la pointe ouest de l’Île. La première permission de tendre cette pêche supérieure fut accordée par M. Antoine Bédard, procureur du Séminaire, à la date du 10 novembre 1778. Les associés étaient au nombre de 28, dont le premier était Jean-Marc Demeules.

                Les messieurs du Séminaire, par l’entremise d’un agent qui demeurait sur l’Île, veillaient avec le plus grand soin à ce que les bornes de chaque pêche ne fussent point dérangées. Les baux et permis se renouvelaient annuellement et contenaient les noms des associés à la même pêche, avec défense de passer dans une autre société sans la permission du Séminaire. Un président ou directeur était nommé par les seigneurs et c’était lui qui réglait les différends. On voit par là que le Séminaire veillait au grain car la bonne marche de ces entreprises généraient certains profits, ce qui assurait en quelque sorte le paiement des cens, des rentes, des permis et des baux. Ciel ! Que ces Messieurs du Séminaire, dans leurs pieuses interventions, étaient généreux envers ses censitaires, de si bons chrétiens…De toute évidence, cette pêche aux marsouins devint une source considérable de revenus pour le Séminaire. Ils en arrivèrent à ne plus faire passer de baux par devant notaire. Ce fut alors que monsieur le procureur du Séminaire donna lui-même la permission de tendre ces pêches, permission qui devait être renouvelée chaque année mais avec une foule de conditions et de charges qui devaient être suivies à la lettre sinon, la révocation du permis se manifestait rapidement. Suivant la teneur de ces permis, le Séminaire avait le tiers du produit net des huiles provenant des marsouins tués. Ce tiers devait se prélever avant le partage des huiles entre les associés d’une même pêche. C’est pour cette raison que le Séminaire a constamment eu un chargé d’affaires sur l’Île pour s’occuper de cette besogne. On a beaucoup exagéré la valeur, en argent, que peut donner un marsouin. Mais on peut évaluer la valeur moyenne d’un marsouin à quarante piastres ( car nous sommes à ces dates sous le Régime britannique ). Il est intéressant de savoir que la couleur d’un marsouin variait avec l’âge. À la naissance, ils sont bleus. À leur troisième année et plus tard, ils sont blancs et on les appelle alors des blanchons. La longueur d’un marsouin, à sa naissance, est de cinq à six pieds. Parvenus à leur grosseur, ils ont de seize à dix-huit pieds et rarement vingt.



La pêche aux marsouins


                La manière de tendre une pêche aux marsouins sur les battures de l’Isle-aux-Coudres exigeait beaucoup de soin et de précaution car on ne voulait pas se retrouver avec des frais considérables et on voulait aussi éviter de couper un nombre inutile de perches ou harts pour ne pas trop appauvrir la forêt de l’Île. Il fallait tenir compte de la direction des courants et des sinuosités des battures de manière à placer la pêche pour qu’elle soit protégée par ces battures, surtout du côté de la partie Est vers laquelle se dirige la marée baissante. Car c’est vers cette partie qu’est entraîné le marsouin par l’action de la marée, et c’est aussi vers cet endroit qu’il devra s’efforcer de nager pour sortir de la pêche.

                Les harts ou perches que l’on enfonce profondément et solidement au printemps dans le sable glaiseux des battures forment l’enceinte de la pêche. Le bas de la pêche se termine en la forme d’un cercle et les perches doivent y être plantées près les unes des autres que dans les ailes ou longs-côtés, où le marsouin n’a jamais l’idée d’essayer d’y passer parce que le courant du baissant l’entraîne vers la partie de la pêche qui est située à l’est.

                Le raccroc, ou partie nord-ouest de la pêche, est fait en forme de C, dont la pointe du nord se termine par un passage libre pour l’entrée du marsouin dans la pêche. C’est la partie la plus importante. Dans le rond de ce C, que doit former le fond de ce raccroc, les harts ou perches doivent être placées assez proches les unes des autres, à peu près comme celles du fond de la partie Est de la pêche. La pointe de ce raccroc ne doit pas être ni trop fermée ni trop ouverte car c’est d’elle dont dépend, en partie du moins, le succès de la pêche.

                Il est à noter que les pêcheurs de marsouins avaient développé un vocabulaire particulier propre à la pratique de leur métier et que les termes employés ne se retrouvent pas dans les dictionnaires usuels de la langue française. Même le mot marsouin ne correspond pas exactement au terme défini dans la taxonomie animale. On les appelle aujourd’hui bélugas ou petites baleines blanches mais là aussi il y a confusion.
(Notez que le mot hart existait au 16 et 17 ième siècle. G.G.)

                Dans le but de s’épargner les efforts et la fatigue conséquente de lutter contre le courant des eaux du fleuve, le marsouin suit le sens où se dirige la marée. Il monte le fleuve ou le descend avec le courant, à moins qu’il ne soit effrayé ou qu’il rencontre un obstacle qui l’oblige à aller contre le fil de l’eau. La pêche doit être tendue de manière à ce que le marsouin puisse en prendre l’entrée lorsque la marée baisse. Sur les battures où la pêche est tendue, la course de l’eau est d’une très grande rapidité, surtout lors des grandes marées. Le courant du baissant venant des battures qui se trouvent au sud-ouest de la pêche a donc son cours vers l’entrée de la pêche. En le suivant, le marsouin est amené vers cette entrée d’où part une aile ou queue qui l’empêche d’aller plus vers le nord où se trouve un petit chenal qui lui ferait éviter de passer sur les battures et dans l’entrée de la pêche si cette queue ne lui en barrait pas le chemin. Une fois engagé dans l’entrée, il se trouve entre deux rangées de harts qui l’obligent d’en suivre l’ouverture dont la largeur est de sept arpents. Il se tient éloigné des perches que le courant agite avec une grande violence ; il descend jusqu’au bas de la pêche où il se trouve un rond qu’il parcourt jusqu’à la rencontre des autres harts qui forment l’aile ou le long-pan du sud de la pêche qu’il remonte contre le courant jusqu’au rond du raccroc dont la pointe recourbée en dedans le rejette vers le fond de la pêche pour lui faire recommencer la même course. Égaré et effrayé par ces perches qui lui barrent le chemin, il continue de tourner dans la pêche en se tenant toujours loin des harts dont l’agitation et le bruit l’épouvantent. Pendant qu’il cherche une issue pour s’échapper de sa prison, la marée baissante diminue la profondeur de l’eau jusqu’au point que, dans les grandes marées, le marsouin reste à au milieu de la pêche.

                Le marsouin remontait le fleuve, à la poursuite des bancs de capelans, jusqu’à la Petite-Rivière-Saint-François. En redescendant, il était attiré par le courant à l’intérieur de la pêche. Apeuré par les vibrations des harts dans l’eau, il tournait en rond pour retrouver la sortie ( orientée au nord-ouest ) mais la forme de la pêche et le sens des courants l’en empêchaient. Pendant ce temps, la marée baissait et le marsouin restait prisonnier ; les insulaires récoltent alors le fruit de leur travail.

                On pourrait élaborer encore plus pour décrire de quelle façon les pêcheurs s’approchaient de leurs prise et comment ils s’y prenait pour tuer le ou les marsouins capturés et les touer jusqu’à la rive ainsi que les processus utilisés pour en tirer les, huiles mais nous dépasserions alors les cadres de cet ouvrage. Mais ajoutons que pour la construction des pêches, chacun des actionnaires devait couper et apporter cent dix perches ou harts de sapin, d’épinette ou de bouleau de 18 à 20 pieds de hauteur, pour un total de 3,500 perches. On les enfonçait dans la vase des battures à deux ou trois pieds d’intervalle, pour former ce C du raccroc. Trois hommes suffisaient pour planter à la main toutes les perches et le travail s’effectuait en quatre marées baissantes.

                Certaines informations nous renseignent sur la rentabilité de ce style de pêche. Les insulaires en retiraient-ils un revenu convenable? Ces informations établissent d’une façon indiscutable que ces pêches aux marsouins donnaient parfois ( je dis bien « parfois » car le rendement des pêches variait remarquablement d’une année à l’autre ) de très grands profits à ceux qui les tendaient. Dans certaines marées, on a capturé jusqu’à 10, 20, 30, 40, 50 marsouins. Un pêcheur assidu, Jacques Bouchard le père, a souvent répété à ses enfants que, dans une seule marée, on avait récolté ou tué trois cent vingt marsouins mais qu’on eut pas le bonheur de les sauver tous. On voit donc que même dans ces temps éloignés, la plupart des iliens avaient déjà l’instinct de la conservation de l’espèce pour les générations à venir. Il y eut certes parfois quelques exagérations et même quelques massacres par un petit nombre d’individus peu scrupuleux et à la tête légère mais en général, les insulaires possédaient ce sens inné de la protection de la ressource, ce qui est tout à leur avantage et honneur. Selon l’abbé Mailloux1, des hommes qu’il a lui-même connus ont assuré que la pêche aux marsouins aurait donné aux habitants de l’île au-delà de deux milles louis dans une seule année. Un curé de l’île a aussi certifié au même abbé Mailloux qu’en une seule année, on a fait cinq cent louis avec l’huile des pêches aux marsouins.



La pêche à fascines


                Comme celles du golfe, les eaux du fleuve au printemps regorgent de poissons alors que de nombreuses espèces anadromes (qui viennent se reproduire à l’endroit du cours d’eau où ils sont nés) remontent le fleuve pour gagner le lieu du frai. Ces poissons ont toujours été et sont encore l’objet d’une pêche intensive sur la rive nord et sur la rive sud. Ce mode de pêche fut pratiqué tout au long de l’histoire de l’Île et fut un élément de subsistance d’une grande importance pour les insulaires. Pour ce faire, on utilise un procédé à la fois ingénieux et plutôt primitif qui compte sur le jeu des fortes marées du fleuve, la pêche à la fascine.

                Les petites pêches fixes de rivage à l’Isle-aux-Coudres étaient utilisées pour capturer les diverses espèces de poissons qui fréquentent les battures de l’Île, spécialement l’anguille. Ce type de pêches était accessibles à la majorité des ménages. Ces pêches à fascines étaient généralement installées à proximité de la demeure du propriétaire. Peu coûteuses, elles pouvaient être facilement récupérées à la fin de la saison.

                La fabrication de ces fascines (ailerons) s’effectuait en entrelaçant les harts de manière à ce qu’elles ne laissent aucun espace. Pour tendre la pêche, l’utilisation de ces «ailerons» était bien simple ; six «ailerons» droits de dix pieds de longueur et quelques-uns courbés (de manière à former un C) étaient nécessaires afin d’emprisonner les poissons dans les coffres placés à cette fin. On retrouve donc ici à peu près le même principe de la pêche aux marsouins.

                Les pêches à fascines servaient également à recueillir les plantes marines appelés aussi «varech». Le varech servait, comme on l’a vu, quelquefois et même souvent d’engrais pour les champs.

                Rien de mieux que de visualiser vous-mêmes ces « ailerons » afin de comprendre le processus d’emprisonnement des poissons en visitant certains sites Web qui vous l’expliqueront de long en large.



L’organisation religieuse de l’Isle-aux-Coudres


                À partir de 1728, près d’une trentaine de pionniers se partagent l’essentiel des terres cultivables. Les responsables du Séminaire de Québec souhaitent mettre en œuvre l’exploitation agricole des terres de l’Île, mais aussi favoriser la chasse ou la pêche aux marsouins. Ils avaient évidemment à cœur le bien-être spirituel des habitants mais ne pouvaient en assumer la présence et la pratique, vu la rareté des prêtres qui se faisait toujours sentir dans la colonie de la Nouvelle-France. Dès le début des premiers établissements, les pères Jésuites desservent l’Île-aux-Coudres. Aussi, les curés de la paroisse de Baie-Saint-Paul viennent faire la mission sur ce territoire. À l’origine, deux chapelles existent. La première, en service de 1748 à 1770, a été érigée par l’abbé Charles Garrault. Elle mesurait 25 pieds de longueur. Jugée trop petite en raison de l’accroissement de la population , elle est remplacée par un temple qui a existé de 1771 à 1885. Cette construction fut remplacée par l’église actuelle de Saint-Louis en 1885.

 

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Église de Saint-Louis de l’Île-aux-Coudres au début

La petite chapelle au milieu du bord gauche du cliché pourrait être celle, sinon la première, des deux chapelles bâties par l’abbé Charles Garrault en 1748. Cette chapelle a abrité la première cloche d’église sur l’Île.

 

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Église de St-Louis de l’Île-aux-Coudres aujourd’hui

Depuis le 5 octobre 1929, la paroisse de Saint-Bernard possède son église. Ce temple religieux fut construit pour répondre au besoin des gens du secteur qui parvenaient mal à se rendre à l’église de Saint-Louis durant la saison hivernale. Érection canonique le 18 avril 1885.

 

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Première église de Saint-Bernard de l’Île-aux-Coudres bâtie en 1929

 

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Église actuelle de Saint-Bernard de l’Île-aux-Coudres
Érection canonique le 5 octobre 1929.

 

 

Les différents curés de l’Isle-aux-Coudres jusqu’à 1843 


          On a dit que les pères Jésuites ont desservi l’Île-aux-Coudres dès l’arrivée des premiers défricheurs. Il y eut, en effet plusieurs Jésuites qui sont venus comme missionnaires à l’Île. Mais l’Histoire a surtout retenu le nom du père Chaumont et on a vu qu’il a signé les trois premiers actes baptême, de mariage et de sépulture à l’Île. Il mérite sûrement une place privilégiée dans la mémoire collective des gens de l’Île. L’ouverture des registres de l’Île ne commencèrent qu’en 1741. Il est donc probable que les curés de Baie-Saint-Paul prirent en charge la desserte occasionnelle du culte pour les habitants de l’Île entre l’arrrivée de Joseph Savard vers 1720, disons, jusqu’à l’octroi des concessions à partir de 1728. N’oublions pas que canoniquement, l’Île faisait partie de la paroisse de la Baie Saint-Paul. Il se trouve donc un intervalle de 21 ans où l’Île se devait d’être desservie par des missions. Allons-y par ordre chronologique : 

           À la date du 9 avril 1741, M. Louis Chaumont ( qui signait Chaumont de la Joannière, curé de Saint-Pierre de la Baie Saint-Paul et non De la Jannière, comme l’écrit l’abbé Cyprien Tanguay ) vint faire une visite à l’Île-aux-Coudres et c’est la première visite dont les registres font mention. 

            Le 16 juin 1748 arriva à l’Île M. Charles Garrault. Il fit bâtir la première chapelle sur un lopin  de terre qu’il avait obtenu du Séminaire de Québec. Le curé Garrault devint malheureusement en brouille avec les habitants de l’Île de sorte qu’il fut curé de l’Île seulement pendant deux ans et vingt jours. À l’été de 1748, Monseigneur de Pontbriand jugea à propos d’envoyer M. Charles Mangue pour être le premier curé résident sur l’Isle-aux-Coudres. En l’année de 1771, M. Edmond Berthiaume fut le second curé de l’Île et c’est lui qui fit bâtir la deuxième chapelle. On se doit donc de le considérer comme premier curé de l’Île-aux-Coudres 


            Entretemps, après le départ de l’abbé Garrault, jusqu’à 1770, c’est-à-dire pendant l’espace de vingt ans, l’Île fut desservie par voie de missions.

            Le premier missionnaire fut un père Récollet, François Denys Barron, du 19 octobre 1750 au 4 août de l’année suivante, en 1751. 

            Le 21 octobre 1751, le père Claude Coquart, Jésuite, fut chargée de la desserte de l’Île jusqu’au 30 août 1757. Il revint une seconde fois le 17 avril 1762 pour y demeurer jusqu’au 28 août suivant. 

            Le vénérable père Jean-Baptiste de la Brosse servit à l’Île du 16 du mois d’août 1766 jusqu’au 24 du même mois. 

            Pendant ces 20 années de desserte, plusieurs des messieurs du Séminaire exercèrent leur ministère à l’Île. Nommons monsieur Colomban Sébastien Pressart en 1764, 1765 et 1766 ; monsieur Hubert, pendant les mois de juin et d’octobre 1770 et monsieur Gravé qui y fit un acte de baptême le 28 octobre1768. 

            En 1767, monsieur Chaumont reprit la desserte régulière de l’Île-aux-Coudres pour la conserver jusqu’au 8 octobre 1770. De 1720 à 1770, à part deux ans et quelques jours, monsieur Chaumont garda la desserte de l’Île pendant quarante ans. 

            M. Jean Jacques Berthiaume est considéré comme le second curé de l’Île et bâtisseur de la seconde chapelle. Il vint prendre possession de sa cure dans la première quinzaine d’octobre 1770. Il quitta l’Île vers le 15 septembre 1775. 

            Troisième curé de l’Île-aux-Coudres, M. Pierre Joseph Compain commença son ministère à l’Île vers le 7 octobre 1775. Il fut curé de l’Île pendant 13 ans, ayant quitté son ministère en 1788. 

            Quatrième curé, M. Charles Joseph Lefebvre Duchouquet remplaça M. Compain et débuta son ministère en 1778 jusqu’en 1792.

            Cinquième curé, ce fut au tour de M. Charles Pednault qui arriva le 24 mai 1792. Malheureusement, il décéda, très jeune à l’âge de 35 ans, 5 mois, 20 jours, le 1er janvier 1793. 

            Sixième curé de l’Île, M. Antoine Langlois débuta son ministère au début d’octobre 1793 puis quitta l’Île pour aller prendre la direction des religieuses Ursulines de Québec le 1er septembre de 1802. 

            Septième curé, M. Marie François Robin avait été ordonné en France en 1791. Chassé de ce pays par la Révolution Française de 1789, il s’en vint en Canada en 1794 et prit la cure de l’Île-aux-Coudres le 12 novembre 1802 et mourut le dernier jour de février 1804. 

            Huitième curé, M. Alexis Lefrançois arriva sur l’Île vers le 10 novembre 1804. Il avait l’habitude de quitter l’île de bonne heure au printemps pour y revenir tard à l’automne. Pendant ces longs mois d’absence, c’est M. Lelièvre de Baie Saint-Paul qui assurait la desserte de l’Île. 

            Neuvième curé, M. Pierre Thomas Boudreault y débuta son ministère au début de novembre 1811. Ayant subi des blessures accidentelles avec une arme à feu, il passa sa vie malade et en mauvaise condition de santé. Comme conséquence, il ne vécut pas bien vieux car il décéda le 22 mai 1822. Notons qu’il fut le premier prêtre natif de l’Île-aux-Coudres à y exercer son ministère.

            Dixième curé de l’Île-aux-Coudres, M. Pierre Duguay prit possession de la cure de l’Île dans les derniers jours d’octobre 1819 et quitta le ministère le 5 novembre 1822. 

            Onzième curé, M. Louis Marie Lefebvre le fut vers le 1er septembre 1823 jusqu’au 30 septembre 1826. 

            Douzième curé, M. Joseph Asselin commença son ministère le 30 septembre 1826 pour quitter l’Île pour une autre desserte le 1er octobre 1839. Il fut donc curé pendant 13 ans à l’Île-aux-Coudres. 

            Treizième curé de l’Île, M. Martin Léon Noël y exerça son ministère à partir du 5 octobre 1839 et quitta la desserte à la fin de septembre 1843. 

            Il est évident que chacun des curés qui ont desservi l’Île-aux-Coudres avait sa propre personnalité et desservit l’Île à sa manière. Il y en a qui furent de remarquables apôtres alors que d’autres semblaient plutôt mous et certains franchement trop sévères avec les habitants. On peut donc dire qu’il y aurait matière à écrire des pages et des pages à propos de chacun de ces braves curés. L’abbé Alexandre Mailloux, qui fut lui-même curé de Saint-Louis de l’Île-aux-Coudres, a écrit de nombreuses anecdotes survenues durant les administrations de ces différents curés, lui qui en a connu plusieurs. Ces anecdotes ne sont pas toujours reluisantes, autant pour les curés eux-mêmes que pour certains habitants de l’Île qui, disons-le, n’ont pas toujours été des gens faciles et que la désobéissance aux curés et aux commandements faisaient le quotidien de bien d’entre eux. Le paiement de la dîme fut aussi fréquemment  une source de conflit entre les curés desservants et leurs ouailles.   Enfin ! Ce fut une époque et elle est révolue… 

Les moulins de l’Isle-aux-Coudres et les temps difficiles 


          Nous savons déjà que les premières concessions régulières des terres de l’Île-aux-Coudres datent du commencement de juillet 1728.

          Dans les premiers contrats de concession, on ne trouve aucune réserve pour des emplacements de moulins. C’est que les seigneurs ne trouvaient pas sur l’Île aucun pouvoir d’eau suffisant pour faire aller un moulin à l’eau, donc pour assurer la marche permanente de la machine. On ne pouvait donc bâtir que des moulins à vent et pour connaître les endroits où il convenait d’en bâtir, il fallait attendre que les terres soient suffisamment défrichées. C’était là l’opinion un peu tordue des messieurs du Séminaires. Il en résulta que les habitants de l’Île furent, pendant un grand nombre d’années, sans pouvoir faire moudre leurs grains dans leur île. Quand ils voulaient avoir de la farine pour leur consommation, ils étaient obligés de transporter leurs grains aux moulins de la Baie Saint-Paul  ou de la Petite-Rivière avec tous les dangers et les difficultés de la traversée. 

            Vingt-quatre années se passèrent sous ce régime sans qu’il fut question de prendre les moyens de construire un moulin sur l’Île-aux-Coudres. Ce ne fut que le 18 juillet 1752 que le Séminaire acquit un emplacement de François Tremblay ( une autre terre lui fut donnée en remplacement et encore là, le Séminaire s’en tirait sans grands frais…) qui se trouvait un peu au sud de l’extrémité ouest qui portait le nom de Pointe-de-l’Islette. Mais à la date de 1752, le moulin n’était toujours pas bâti. Et n’oublions pas que la construction d’un moulin banal était une des obligations du seigneur. Manifestement, le Séminaire ne respectait pas des engagements de seigneur et ceci au détriment des pauvres habitants de l’Île-aux-Coudres. Que les habitants se débrouillent, devaient penser et dire ces bons messieurs du Séminaire. Ce ne fut que 10 ans plus tard, le 7 avril 1762, que les seigneurs de Québec firent, avec les habitants de l’Île, certaines conventions pour bâtir un moulin à vent sur l’emplacement acquis en 1752. Le moulin fut commencé au cours de l’été 1762 mais ne fut en opération qu’en 1763. 

            Ce moulin était, du reste, fort mal placé, parce qu’il ne pouvait marcher que par vents du ouest ou du sud-ouest. Il ne pouvait donc pas suffire aux besoins de la population, même à cette époque. Aussi, en 1775, un autre moulin était devenu absolument nécessaire et le Séminaire obtint un autre emplacement pour un second moulin à vent sur une terre de 5 arpents qui appartenait à deux frères, Jacques et Étienne Desbiens, dans la partie de l’Île appelée La Baleine1 à l’endroit où on en trouve un à visiter de nos jours1. Ces deux moulins à vent furent suffisants pour fournir la farine pendant un certain nombre d’années. Mais, à chaque année, le défrichement des terres s’agrandissant, les récoltes devinrent conséquemment plus importantes, augmentant ainsi le nombre de minots de blé à faire moudre. De plus, parfois les vents faisaient défaut et la farine devenait assez rare sur l’Île. En été, il était possible d’aller faire moudre son grain sur la côte ferme mais en hiver, ce n’était pas une mince affaire. On se plaignait assez souvent et on murmurait tout haut…
1 Voir carte page 6.

            L’expérience étant un guide incontournable, les insulaires croyaient fermement qu’il était possible de faire marcher un moulin à farine par les eaux qui coulaient, disons-le, en petite quantité sur l’Île. Ils se décidèrent donc à présenter une requête au Séminaire pour demander à ces messieurs soit de leur demander de construire, soit de leur permettre de construire à leurs propres frais un moulin à farine sur l’un de leurs cours d’eau. Leur requête prend surtout la forme d’une supplique et date du 28 janvier 1815.

            Je vous fais part ici du contenu de cette supplique qui démontre bien dans quel état de détresse psychologique se trouvaient les pauvres habitants de l’Isle-aux-Coudres et qu’ils étaient confrontés réellement à des temps fort difficiles.


Des temps difficiles à l’Île-aux-Coudres



Isle aux Coudres
Le 28 janvier 1815


Monsieur

La détresse ou Se trouvent les Sous Signés concernant la farine, les oblige de vous réiterer leurs demandes avec instance de Leur Cons-truire un Moulin à l’eau, S’il est possible. Dans les circonstances actuelles, il n’y a peu-t-ètre pas Sur Soixante habitans qui Composent cette paroissse, cinque qui aient de la farine, tous les autres en Sont privés depuis un mois prês, et plusieurs, pour ne pas périr de fain, ont été contrainte, d’en aller chercher au nord, malgré les risques et les difficultés de la traverse dans l’hivers. C’est pour nous, et nos familles une très grande misère que de nous trouver dans une pareille Situation ; entre-autre, dans un endroit comme le notre ou il est difficile de Sortir dans cette pénible Saison, permettez, Monsieur, aux soussignés et à vos Supplians de vous dire quil leurs Semble quil Seroit aisé de remédier à une pareille détresse en leur construisant un Moulin qui irait par l’eau et qui Seroit pour eux d’une plus grande utilité que vos deux Moulin à vents, et S’il plaisait à nos Seigneurs d’accorder à leurs supplians cette faveur, ils S’offrent volontiers, de charoyer, de fournir, de travailler au dit Moulin, autant qu’il Sera en leur pouvoir ; et vos dits Supplians croient même que l’on pourroit faire dans l’Isle un Moulin à l’eau qui irait toute l’année, Si on lui donnait, en fesant quelques frais, toutes les eaux de la Savane, qui augmenteraient d’une maniere Considérable la Rivière-Rouge; et dans le cas que le dit Moulins irait annuellement ,vos deux Moulins à vents, nous deviendraient a lors purement inutiles, et vous pourriez les faire détruire, S’il vous Le jugiez à propos, Mais comme vos Supplians ne Sont point assez entendus, pour vous assurer que le dit Moulin irait toute l’année; ainsi, pour examiner le Local, il nous faudrait un homme expert et entendu dans cette partie là. C’est pourquoi, Monsieur, nous vous Supplions de nous dire Sil Cest à nous de faire venir Sur les lieux Le dit expert et dès que le printems Sera arrivé, nous en ferons les frais. En outre, Monsieur, Si vous trouvez que vos Supplians vous demandent trop, que de Construire un Moulin et que C’est vous induire à faire de grandes dépences Sans nécessité Eh bien ! accordez aux Soussignés ou à qu-el qu--un d’eux un Bail à emphitéose et ils le Construiront à leurs frais et dépens. Enfin, Si cette proposition, Monsieur ne vous accommode point encore, donnez-nous au moins la permission d’en batir un à nos propres frais et quant il Sera Construit nous nous le mettrons entre les mains et vous nous donnerez un Meunier Seulement et vous-en fixerez la rente, il ny-a-point de Sacrifices que nous ne fassions pour nous délivrer de l’extrême misêre oû nous Sommes et toutes les pertes que nou Cause la privations d’un Moulin et valent bien même audelà toutes les dépenses que nous pourrons faire. Les Soussignés Supplians Sont à vec Considérations Monsieur vos tres hunbles et très obeissants Serviteurs.
Source : Archives du Séminaire de Québec, Seigneuries 46, 19.


            Il faut bien lire cette supplique car elle est tellement significative pour la compréhension de la situation qui prévalait à l’époque. Ils y exposent donc au Séminaire l’extrême misère où ils sont réduits par le manque de pain. Sur soixante habitants, il n’y en avait pas cinq qui avaient de la farine. Pour ne pas mourir de faim, quelques-uns furent obligés de traverser au nord, Baie Saint-Paul ou Petite Rivière, pour s’en procurer malgré tous les dangers encourus pour leurs vies. 

            Les allégués de cette supplique sont parfaitement raisonnables et les offres de services des habitants pour aider à bâtir ce moulin sont on ne peut plus généreuses et libérales. Mais la question était de trouver un cours d’eau pour alimenter ce moulin pendant au moins une bonne partie de l’année. Monsieur Demers, à qui s’adressait directement cette requête ou supplique au nom des messieurs du Séminaire dont il était le procureur, répondit par une lettre le 25 juillet de la même année. Donc, cinq mois après la réception de la supplique. On est plus empressé à collecter les cens, les rentes, les revenus des baux des pêches aux marsouins et à fascines qu’à répondre à une situation urgente qui mettait même en péril la vie de leurs censitaires. Pensez seulement aux femmes enceintes qui n’arrivaient pas à se nourrir suffisamment ! J’en ai des frissons dans le dos… Mais à Québec, il y a d’excellentes boulangeries…

            Il répond cinq mois plus tard, en plein été, qu’accompagné d’un homme connaissant en la matière, il avait déjà visité les ruisseaux et les rivières de l’Île et qu’ils tous deux sont d’opinion qu’on ne peut réunir assez d’eau pour faire aller un moulin que peu de temps pendant l’année. Il prend bien soin dans sa réponse de signaler que le Séminaire avait fait beaucoup de dépenses ( et les habitants, eux ? ) les années précédentes pour réparer les deux moulins existants sur l’Île. Belle affaire ! Quand une entreprise n’est point rentable, on s’en débarrasse au plus vite ! M. Demers, dans son ineffable bonté chrétienne, leur permet cependant d’en construire un mais à leurs frais…et à l’endroit que eux et eux seulement jugeront convenable. Encore là, quelle bonne affaire à si peu de frais, affaire qui leur rapportera les droits de moutûrage dus au seigneur qu’ils sont…Encore une belle affaire d’où le Séminaire s’en tire à peu de frais et à leur profit, au détriment des habitants au bord du désespoir…Et ce Séminaire est disposé à passer un bail à tous ceux qui ont présenté la requête pour la durée de quinze ans. Pendant ces quinze ans, le Séminaire a eu au moins la décence ( au cas où l’affaire ne marcherait pas…) de laisser les profits aux constructeurs. Au bout de ces quinze ans ( au cas où l’affaire marcherait bien et se montrait rentable…) le moulin reviendrait au Séminaire. Si l’entreprise était couronnée de succès, pour dorer la pilule et la faire mieux avaler, ils y placeraient un meunier. À la reprise en mains par le Séminaire, celui-ci ne s’engageait qu’à rembourser le prix du terrain annexé à ce moulin, moyennant que ce terrain soit de dimension convenable. Décision à sens unique et irrévocable  Belle et bonne affaire encore ! Si, par la construction de ce troisième moulin, les meuniers des deux moulins à vent ne pouvaient payer leur modique redevance et faire quelque profit, le Séminaire devrait en fermer un des deux. ! C’est ce qu’on appelle « un cadeau de Grec » ou « une boite de Pandorre » dans notre langage moderne…ou autrement dit, on ne leur laissait pas le choix des cadeaux.

            Monsieur Demers les avise que ce moulin serait mieux placé dans le Ruisseau Rouge ( voir carte en page 6 ) dans le bas de l’Île qu’à la Rivière Rouge ou celle de la Mare. Il donne ensuite de très sages avis sur la manière de faire les écluses et les dalles de ce moulin Enfin, il donne les raisons qui ont engagé le Séminaire à ne bâtir sur l’Île que des moulins à vent. Il déclare que, ayant examiné les cours d’eau de l’Île, on a constaté qu’aucun de ces cours d’eau n’était adéquat pour y construire un moulin à eau, tel que les habitants en étaient convenus par un acte notarié.

            M. Demers avait probablement raison sur ce point mais il oubliait que la population avait considérablement augmentée et par conséquent, les besoins aussi. Les habitants se sont fait littéralement berner par ces paroles car le Séminaire acceptait la construction d’un nouveau moulin sans que le Séminaire ait à verser un sou et la responsabilité incombait aux seuls habitants de l’Île. Ils se considéraient donc, en toute naïveté, comme les grands gagnants en réponse à leur troublante supplique sans penser à l’immense besogne qui les attendaient et les ressources financières à engager. Croyant réaliser de gros profits, Germain Desgagné s’associa avec un dénommé Turcotte pour bâtir le moulin. Le 12 du mois d’août 1815, Desgagné fit au Séminaire la demande d’un bail, en son nom et en celui de Turcotte. Dans sa demande, il était question de réunir le ruisseau de la Ferme avec la rivière rouge, où, contre l’avis de monsieur Demers, il voulait bâtir ce moulin. Le Séminaire refusa de lui accorder ce bail parce qu’il avait comme associé un homme qui n’avait pas signé la requête du 15 janvier 1815 et que le Séminaire s’était engagé à n’accorder un bail qu’aux seuls signataires de la dite requête. Quant à réunir le ruisseau de la Ferme à la rivière Rouge, il fallait couper la terre de Bonaventure Mailloux, ce que celui-ci refusa, donnant pour raison que son contrat de concession ne l’obligeait pas à subir cette servitude. Germain Desgagné, refusé par le Séminaire et par Bonaventure Mailloux, dut abandonner son projet et les habitants virent leurs ardeurs se refroidir. Cependant, ils n’abandonnèrent pas leur desseins d’avoir un moulin à eau.

            En 1824, les habitants de l’Île reviennent à la charge avec une nouvelle requête présentée cette fois avec le nom d’un des habitants signataire de la requête du 15 janvier 1815. Le sieur Alexis Tremblay, sur la terre duquel coule la désormais célèbre rivière Rouge, s’engage à bâtir un moulin à eau aux conditions fixées par le Séminaire dans sa réponse à la requête du 25 janvier 1815. Aux conditions précédentes, le Séminaire ajoutait celle de réunir le ruisseau des Pruches à la rivière Rouge. Cette permission obtenue, le sieur Alexis Tremblay se mit à l’œuvre et aidé de quelques amis, il réussit à bâtir enfin ce moulin.

            Je vous présente ici une carte cadastrale. L’image n’est pas très bonne mais elle est comme je l’ai trouvée dans le livre de Jean Des Gagniers1. J’ai réussi à déchiffrer la plupart des noms et comme cette carte date de 1812, il s’agit sûrement des mêmes personnes qui vivaient sur l’Île lors de la supplique de janvier 1815.

1 Jean Des Gagniers, « Charlevoix, pays enchanté » Sainte-Foye, Presses de L’Université Laval, 1994.
C.-H.-P. Gauldrée-Boileau. « Paysan de Saint-Irénée de Charlevoix en 1861 et 1862 ». dans P. Savard (dir.).  « Paysans et ouvriers québécois d'autrefois » Québec, Les Presses de l'Université Laval, coll. « Les Cahiers de l'Institut d'histoire ». n° 11, 1968, p. 17-76.

Transcription du texte écrit en haut et à droite du document :

Plan de l’île aux coudres copié sur un plan sans date de M. Plamondon. N.B. Ce plan n’est pas conforme aux titres de concession. Nous faudrait un autre – 1812 

 

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Plan de lotissement de l’île aux Coudres. Archives du Séminaire de Québec. Seigneuries 46. No11. 

 

Noms des habitants de l’Île-aux-Coudres en 1812 qui devaient être probablement parmi les signataires de la requête du 15 janvier 1815 :

Louis Tremblay, Pierre Gontier, François Bouchard, Joseph Savard, Gabriel Dufour, Jean Gagné, Joseph Jean, Simon Gariépi, François Tremblay, Joseph Tremblay, Harvey, Charles Tremblay, Jacques Gaudreau, Étienne Desbiens, André Desgagné, Joseph Bouchard dit Laforet, Pierre Simard, Etienne Pednault, André Tremblay, Guillaume Tremblay, Ignace Arsonnault, J.B. Martel, Bergeron. 

            Revenons à notre moulin. À l’époque où il fut bâti, on abandonna le moulin à vent de l’Ilette, le premier qui avait été construit sur l’Île. Il n’y avait donc plus que le moulin à eau et celui de la Baleine. Un certain Claude Bouchard posséda le premier le moulin à eau qui fut ensuite affermé à Élisée Mailloux qui le garda pendant assez longtemps et put faire assez de bénéfices pour se procurer une terre. Il fut enfin affermé à Pitre Gagnon et à son voisin Joseph Lapointe qui en furent les meuniers jusqu’en 1830. Le moulin à eau tournait donc quand il y avait suffisamment d’eau dans la rivière Rouge pour faire virer sa roue. Ce fut d’abord une merveille qui n’émerveilla plus personne quand l’eau vint à manquer. On reconnut finalement que ce moulin ne pourrait dorénavant plus suffire aux besoins de l’Île. On crut faire une autre merveille en détruisant le moulin à vent de l’Ilette au cours de l’année 1830 pour le rebâtir auprès du moulin à eau. Mais on ne fit qu’augmenter les difficultés.  

            Aussi, en 1834, les habitants de l’Île présentèrent une requête au Séminaire pour les prier de bâtir  un autre moulin à vent et d’y mettre deux moulanges. Ils avouaient, dans leur requête, qu’ils « étaient aussi mal qu’auparavant », malgré leur moulin à eau. Le Séminaire de Québec ne jugèrent pas devoir faire droit à cette requête. 

            Les choses restèrent ainsi jusqu’à l’époque où furent abolis les droits seigneuriaux. Les messieurs du Séminaire qui, depuis plusieurs années, étaient rentrés en possession des deux seuls moulins de l’Île, les vendirent au sieur Augustin Dufour pour la somme de trois cent louis.  

            Ce fut vers la même époque que les deux frères Pierre et Paul Lapointe rebâtirent un autre moulin à vent à la Baleine, sur le même emplacement où avait existé le moulin de 1773. 

            Il y avait donc maintenant sur l’Île trois moulins à farine et ces trois moulins ne pouvaient pas encore suffire aux besoins des habitants. Il y eut de plus un autre moulin qui fut bâti sur l’Île en 1873 au ruisseau Rouge. Ce moulin fut le meilleur et on se retrouva avec quatre moulins sur l’Île, dont deux qui allait par l’eau et deux qui fonctionnaient par le vent. Malgré tout ça, il arrivait encore que des habitants traversent au nord pour faire moudre leurs grains surtout pendant l’été.


Les légendes de l’Isle-aux-Coudres


            Il y en a des dizaines de ces légendes. Et le but de cette rubrique sur la « Vie en Nouvelle-France » n’est pas d’aller au fond des choses en s’étendant en longueur sur bien des sujets. Il y a des légendes qui sont belles et romantiques, d’autres sont drôles, certaines relèvent du fantastique ou sont franchement grivoises et j’en connais qu’on ne raconterait pas à un enfant avant de l’endormir que je trouve trop terrifiantes. À propos de ces légendes romantiques, j’en ai quand même retenue une que je connais depuis longtemps et qui est encore bien présente dans l’imaginaire de ces chers iliens. Je vous la présente donc, surtout qu’elle me rappelle des souvenirs de la fin des années 60. Il y avait à La pointe-du Bout-d’en-Bas, au nord–est de l’île, une auberge qui portait le nom de L’AUBERGE DE LA ROCHE PLEUREUSE  et lorsqu’on descendait une pente abrupte pour arriver au bord de l’eau, on y voyait une grosse roche d’où coulait un mince filet d’eau. La curiosité l’emportant, je m’étais informé auprès des employés de l’Auberge de ce qui en était de la légende de cette roche pleureuse. Voici :



La légende de la « Roche Pleureuse »


        Cet été-là, en 1805, Charles Desgagnés, à la tête de ses hommes, allait entreprendre plus tôt que d’habitude son dernier voyage vers les « vieux pays ». Il voulait être revenu à l’Isle-aux-Coudres vers les derniers beaux jours de septembre pour se marier. À la fin de mai, son trois-mâts chargé de bois carré était prêt pour le départ. Après une soirée à danser, les membres de l’équipage faisaient leurs adieux.

        La fiancée de Charles, elle, passa l’été à préparer le logis déjà construit sur la pointe de l’île, puisque c’est là qu’ils iraient habiter après leur mariage. À la fin de septembre, son trousseau ( ils appelaient ça « un coffre d’espérance ») était terminé et elle commençait à trouver le temps long. Pas un après-midi ne se passait sans qu’elle n’aille s’asseoir sur une pierre en bordure de la mer. Le soir, elle revenait lentement ch